Une question essentielle
Quelle convergence entre l’ascète yogi tibétain Milarepa et Madame Guyon, la grande mystique chrétienne ? entre Ramana Maharshi et le célèbre soufi Al-Hallâj ? Quel dénominateur commun à ces êtres hors de l’ordinaire qui, de façons apparemment tellement différentes, ont gravi les échelons menant à la réalisation ultime ? Ne s’agit-il pas d’une question de la plus haute importance ? s’interroger sur ce qu’est le cœur d’une pratique ?
Alexandra David Neel : Le Karma ( Le Bouddhisme du Bouddha)
/0 Commentaires/dans Non classé« … Ce sera une chose difficile à comprendre que la loi de Causalité, l’enchaînement des causes et des effets… » (Mahâvagga)
Le problème, qui semblait au Bouddha d’une démonstration et d’une compréhension si ardue qu’il le fit hésiter au seuil de son apostolat, est demeuré aussi malaisé à saisir et à pénétrer qu’il l’était à son époque. Comment le Tathâgata concevait-il, lui-même, cette doctrine hindoue du Karma à laquelle il s’était rallié ? Nous ne devons guère espérer faire la lumière sur ce point.
Dans les nombreux passages où la question est agitée, tout au plus pouvons-nous puiser quelques indications sur la manière dont ses disciples avaient compris les instructions entendues de sa bouche. Parmi les interprétations multiples, il semble, pourtant, qu’un fil ténu serpente, propre à nous servir de guide. Non pas qu’il puisse nous inspirer la certitude, ou même la simple espérance de pénétrer le secret d’une théorie dont l’esprit clairvoyant d’un Bouddha est, peut-être, seul apte à embrasser la complexité, mais susceptible, cependant, de nous permettre d’écarter les erreurs trop grossières, d’entrevoir quelques clartés lointaines.
La doctrine du Karma domine toute la philosophie hindoue. Bien avant l’époque du Bouddha elle avait inspiré de longues et subtiles controverses entre les Brâhmanes et, de nos jours, les Védantistes, comme les Bouddhistes, lui donnent une place prépondérante dans leur enseignement. Karma a, en sanskrit, le sens d’action. Dans sa signification générale ce terme se rapporte à la loi de Causalité, dont une adaptation religieuse a fait la loi de la rétribution morale.
Il n’y a pas d’effet sans cause. Toute manifestation dans le domaine physique ou mental procède d’actions antérieures et est, elle-même, l’origine de manifestations ultérieures. Toutes les formations de la matière tangible ou de l’intelligence ne sont que les anneaux d’une chaîne sans fin dans le passé comme dans l’avenir, continuant, à l’infini, la série des causes et des effets s’engendrant perpétuellement.
Cette conception,relativement nouvelle, dans la philosophie occidentale, remonte, chez les Hindous, à une antiquité considérable. Elle forme la base de leur croyance et nous la voyons percer sous toutes leurs théories religieuses, alors, même, qu’une interprétation faussée les jette dans l’extravagance. C’est d’elle qu’est née la doctrine du salut conquis par l’homme lui-même et d’elle aussi que procède celle, si mal connue par nous, des pouvoirs magiques, des Iddhis complètement différents, en leur essence, de nos « miracles ».
La théorie du Karma étant pré-bouddhiste, on la considère comme adoptée par le Bouddha et, à ce titre, l’on néglige volontiers de lui donner l’importance qu’elle a, réellement, dans son enseignement.
Il est vrai que Karma n’est pas une création originale du Bouddhisme au même titre que les « Quatre Vérités » ou le «Sentier aux huit Embranchements », mais ni l’une ni l’autre de ces notions n’eût pu exister sans la base qu’elle trouve dans le Karma. Supprimez la foi en la loi immuable de la Causalité et tout l’édifice bouddhique s’écroulera.
C’est parce qu’il était imbu d’une foi profonde en elle, que Siddartha Gôtama a pensé comme il a pensé, agi comme il a agi, parlé comme il a parlé. Depuis le jour où il quitte sa demeure pour chercher la Cause de la Souffrance et le Moyen de détruire cette Cause pour en détruire les Effets, jusqu’aux dernières heures de son existence, alors qu’il répète, aux disciples qui l’entourent, cette phrase que l’usage a perpétuée sur les lèvres des Bouddhistes: « La dissolution est inhérente à toutes les formations », toute sa prédication a sa racine et puise sa raison d’être dans la théorie du Karma.
« Toute manifestation est engendrée par des causes antérieures et donne, à son tour naissance, à de nouvelles manifestations. » La formule est simple, limpide et ne paraît pas devoir entraîner des développements bien compliqués. Il en est, en effet, ainsi si l’on se borne à poser un principe général sans chercher à entrer dans le détail de ses applications particulières.
La difficulté surgit lorsque l’on prétend suivre la marche de la loi de Causalité à travers le réseau emmêlé des actions et des réactions ; elle devient insurmontable si l’on prétend la faire entrer dans le cadre d’idées religieuses ou morale et l’asservir à celles-ci.
Dans un pays où chacun donnait une adhésion sans réserve au principe déterministe et voyait son action dans les moindres faits de l’existence, les foules possédées, comme partout, du besoin de justice et de justice selon la notion de leur cerveau fruste, devaient mettre à une dure épreuve les moralistes obligés d’opérer, à leur usage, la conciliation de deux théories, non pas inconciliables par essence, mais dont l’action, trop vaste pour que nous puissions l’embrasser, se déroule dans l’infini de lointains inaccessibles à nos investigations.
Les hommes ne sont pas tellement différents d’une latitude à une autre qu’une pensée familière à un peuple puisse être totalement étrangère à un autre, alors que cette pensée porte sur le fond commun des problèmes de la vie. Beaucoup aussi, en Occident, se sont demandé la cause des divergences mentales, physiques, sociales entre les individus : pourquoi suis-je né dans telle famille ? Pourquoi ai-je telle stature, telle infirmité, telle aptitude, tel défaut ?…
Mais chez nous on ne s’est guère appesanti sur l’interrogation. Le mystère de la volonté de Dieu, plus tard la loi de l’hérédité ont suffi à contenter des gens dont la curiosité était loin d’aller jusqu’à l’angoisse.
L’Inde, au contraire, tourne et retourne le problème depuis des siècles et la réponse définitive ne semble pas encore trouvée : — La volonté de Dieu ?… L’Inde ne croit pas à un Javeh anthropomorphique et tout-puissant. Ses Dieux y sont, comme tous les êtres, soumis à l’impermanence, à la loi de causalité. — Les théories modernes, atavisme, hérédité que sa jeunesse lettrée rapporte de nos universités ?… Elles lui semblent de petites parcelles de son antique doctrine du Karma…
L’expression employée dans cet exposé de la doctrine bouddhique revient une fois de plus : «Par delà ». Karma, aussi, est une doctrine du « par delà » et comme la sagesse bouddhique est par-delà le Bien et le Mal, Karma, loi de l’existence, est par-delà la Justice (au sens de nos conceptions humaines limitées).
Ce fait, ainsi que la difficulté de relier entre elles, les différentes manifestations karmiques a dû être saisi de bonne heure, mais il est un autre point qui, déjà chez les Brâhmanes, constituait une difficulté beaucoup plus sérieuse. Notre conception de l’homme fait en deux parties : l’âme et le corps, la première immortelle, le second s’anéantissant à la mort, nous rendrait relativement aisée la solution si peu commode à résoudre pour les philosophes orientaux.
En supposant que nous admettions la transfiguration — ce qui est la seule façon possible de concevoir l’existence pour l’homme adhérent au principe, très vieux chez les Hindous: «Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme » – nous n’aurions qu’à faire promener, à travers l’univers, une entité, toujours identique, se revêtant de formes diverses, s’enrobant de matière différente, dans les phases successives de son existence, Cet immuable ego se verrait, suivant l’impulsion que lui donneraient ses propres actes, entraîné vers telles régions, telles formes d’être, amasserait, autour de lui, tels ou tels éléments correspondant à des facultés spirituelles ou mentales, des dispositions heureuses ou des vices.
C’est bien sous cet aspect que la masse des Hindous a toujours considéré I’œuvre de Karma et, bien que chez les Bouddhistes l’âtman qui, dans la philosophie brâhmanique, pouvait jouer, pour l’ignorant, le rôle de ce que nous appelons l’âme, soit complètement éliminé et considéré comme la plus pernicieuse des illusions, la grande masse de ceux qui se déclarent disciples du Bouddha n’a jamais cessé de l’envisager de même.
Pourquoi cet homme est-il sourd ? – Parce que, dans l’une de ses existences antérieures il négligeait d’aller entendre prêcher la bonne Doctrine, ou qu’il se complaisait à ouïr des propos impurs, frivoles, malveillants… Ce malheureux dénué de tout est un ex-avare qui fut sans compassion pour la détresse d’autrui… Ce faible d’esprit fut un homme doué d’une intelligence supérieure qui, au lieu de se livrer à l’étude, gaspilla, dans la paresse, ses heureuses facultés…
Cependant, même chez les fidèles peu doctes en la Loi, perce une certaine idée de la complexité du Karma : tels actes portent leur fruit dès cette vie, tels autres ne viennent à maturité qu’après une longue série d’existences successives. Certaines conséquences défavorables sont neutralisées ou modifiées par l’effet d’autres conséquences favorables et réciproquement. Il en résulte que la vie de chacun renferme des événements heureux et des événements pénibles, que l’ensemble physique et moral de l’individu comprend des laideurs et des beautés, de bonnes et de mauvaises dispositions. La note dominante est plus ou moins fortement accentuée, dans un sens ou dans l’autre, mais le mélange existe toujours.
Cependant, tout cela demeure croyances vulgaires de pauvres esprits. L’orthodoxie bouddhiste ne connaît point l’âme immuable promenant une personnalité toujours identique, au milieu des transformations incessantes de la matière et, dès lors, le rôle du Karma se complique singulièrement. …/
Il est, toutefois, à remarquer que les plus anciens ouvrages du canon orthodoxe parlent peu du Karma. La façon rigoureuse dont l’enseignement originel soutenait les théories de la non-personnalité et de l’impermanence ne lui permettait pas de tirer de la loi de Causalitê une notion de rétribution morale individuelle, celle-ci exigeant comme base logique la permanence d’une personnalité consciente.
D’autre part, c’est lorsque l’idée de cette personnalité permanente commence à réapparaître, dissimulée sous de vagues compromissions, que la question de la rétribution des œuvres prend une place de plus en plus large dans les préoccupations des docteurs du Bouddhisme.
Les Questions du Roi Milinda nous fournissent, encore, un tableau intéressant du choc de ces deux théories et des problèmes connexes qu’elles entraînent. Bien que l’ouvrage ait été composé dans un but d’apologétique, les questions sont souvent mieux établies que les réponses qu’elles suscitent et quelque grande que soit l’habileté du controversiste elle demeure impuissante à concilier, sur le terrain où il se place, les éléments de deux doctrines disparates : …/
La vie ne comporte pas une série d’événements posés les uns à côté des autres, elle est un tout, un mélange où toutes les causes et les effets s’enchevêtrent. Nâgasenâ ne l’ignorait point et c’est ainsi qu’en dehors de la part qu’il attribuait à l’action directe du Karma individuel, il était conduit à envisager le Karma familial, celui de la race ou, pour nous exprimer en termes modernes, les influences héréditaires et ataviques, en même temps que les effets de l’éducation.
« Imaginez que quelqu’un achète un vase de lait à un gardeur de troupeau et s’en aille en laissant le vase à ses soins, disant: ,, Je reviendrai demain », et le jour suivant, le lait se caille. Quant l’acheteur revient, on lui offre le lait caillé mais il le refuse, disant: « Ce n’est point du lait caillé que je vous ai acheté, donnez-moi mon vase de lait. » Mais le gardeur de troupeau réplique ; « Sans que j’y sois pour rien, votre lait est devenu du lait caillé. »
Voici bien démontrée la relation entre la cause et l’effet, leur parenté, leur identité foncière, malgré les aspects très différents qu’ils peuvent revêtir et en dépit de l’individualité distincte attribuée à chacun d’eux. Mais tout ceci n’explique point l’action d’une équitable rétribution donnant à nos actes une sanction morale par les fruits que nous en récolterons en d’autres existences ou, à l’inverse, nous assurant que les circonstances heureuses ou pénibles de notre vie présente sont l’aboutissement de l’œuvre à laquelle nous avons personnellement travaillé dans l’infini des temps passés.
Cette dernière idée ne doit pas se chercher dans le Bouddhisme. Elle ne s’y trouve point. Lorsqu’il nous semblera l’y rencontrer, nous pourrons nous dire, en toute certitude, ou que Dons nous trouvons en face d’un enseignement en désaccord avec la doctrine originelle, ou que nous saisissons mal la signification d’un passage obscur, prêtant à l’équivoque.
Il ne peut y avoir place pour une justice distributive personnelle, pour une rétribution directe et individuelle, dans une philosophie qui nie la permanence et la réalité substantielle de la personnalité.*
Karma, dans l’acception populaire de balance des récompenses et des châtiments, ou suivant celle que certains Théosophes ont acclimatée en Occident, est un non-sens au point de vue bouddhiste. L’œuvre et ses suites, l’action et ses conséquences, la Loi de l’enchaînement indéfini des Causes et des Effets (Karma-Vipâka), voilà ce qu’a simplement enseigné le Bouddhisme sans tenter d’y introduire cette notion de justice égoïste qui nous hante et qui, mesurant les choses à la mesure étroite de cerveaux qu’égare l’illusion du « Moi », paraît, parmi l’immensité des vues de la philosophie hindoue, une bien puérile manie.
* Ce qu’il ne faut pas entendre dans le sens qu’il est indifférent que nous commettions n’importe quels actes. Bien au contraire, le Bouddhisme enseigne que l’on n’échappe jamais aux conséquences des actes commis. L’un des buts de la méditation bouddhiste est, précisément, en brisant la notion étroite du « moi », de faire saisir, sous un acte plus large, le jeu des actions et des réactions dans l’univers et la manière dont notre « moi » impermanent y participe.
Alexandra David-Neel – Le Bouddhisme du Bouddha
Hubert Reeves : quel est votre état d’âme ?
/0 Commentaires/dans Sciences de l'Univers« Voici une reconstitution, par ordinateur, de la disposition des galaxies dans les quelques milliards d’années-lumière d’espace qui nous entourent. Chacun de ces points lumineux est une galaxie comme la nôtre, avec ses centaines de milliards d’étoiles, ses nébuleuses, ses planètes, et peut-être ses civilisations. Documents vertigineux qui nous rendent comme aucun autre l’image de l’immensité de notre univers. Et ce n’est qu’une goutte d’eau dans le vaste océan. Nos observations suggèrent que l’univers est infini, que le nombre de galaxies est infini.
« Nommez un chiffre aussi grand que vous le voulez, disent les mathématiciens, l’infini, c’est encore plus grand. » Combien y a-t-il de galaxies? Un milliard de milliards de milliards… de milliards? Encore plus. Toujours plus. Aussi longtemps que durera notre voyage, aussi loin que nous allions dans l’espace, l’univers reste toujours semblable à lui-même. Dans le hublot de notre vaisseau spatial, les galaxies se succèdent, indéfiniment…
Devant ce spectacle, quel est votre état d’âme ? Malaise, angoisse, exaltation, indifférence? Chacun vit à sa façon, avec sa sensibilité, les situations qui le dépassent. »
Hubert Reeves – Poussières d’étoiles.
Deux choses aident , imitation de Jésus-Christ
/0 Commentaires/dans Christianisme, L'effort justeLa fermeté de notre résolution est à la mesure de notre progrès ; et une grande diligence est nécessaire à celui qui veut avancer.
Si celui qui forme les résolutions les plus fortes se relâche souvent, que sera-ce de celui qui n’en prend que de faibles ?
Toutefois, nous abandonnons nos résolutions de diverses manières et la moindre omission dans nos exercices a presque toujours quelques suites fâcheuses. (..)
Si nous abandonnons (nos exercices) sans sujet, par ennui ou par négligence, c’est une faute grave qui nous sera funeste.
Faisons tous nos efforts, et nous tomberons encore aisément en beaucoup de fautes.
On doit cependant toujours se proposer quelque chose de fixe, surtout à l’égard de ce qui forme le plus grand obstacle à notre avancement. (..)
Ne pouvez-vous continuellement vous recueillir, recueillez-vous au moins de temps en temps, au moins une fois le jour, le matin ou le soir.
Le matin, formez vos résolutions ; le soir examinez votre conduite, ce que vous avez été dans vos paroles, vos actions, vos pensées. (..)
Tous ne sauraient suivre les mêmes exercices : l’un convient mieux à celui-ci, l’autre à celui-là.
On aime même à les diversifier selon les temps.
Deux choses aident surtout à opérer un grand amendement : s’arracher avec violence à ce que la nature dégradée convoite, et travailler ardemment à acquérir la vertu dont on a le plus grand besoin. Attachez-vous aussi particulièrement à éviter et à vaincre les défauts qui vous déplaisent le plus dans les autres.
(Imitation de Jésus-Christ Livre I chapitre XIX)
Technique de maîtrise du mental
/0 Commentaires/dans Techniques de maîtrise du mentalIl faut que l’aspirant apprenne à demeurer conscient de l’espace existant entre lui et une personne ou un objet, ce qui l’aidera à ne pas s’identifier à ce que ses yeux voient. Il disposera alors d’une meilleure chance de rester distant de lui-même et non impliqué avec la personne ou la chose qui se trouve en face de lui.
De plus, pendant qu’il est en train de regarder cette personne ou cet objet, il lui faut toujours essayer d’englober, du coin des yeux, tous les autres objets ou personnes qui entourent ce qu’il est en train de regarder, et ceci, à la fois simultanément ainsi que dans la durée. Il verra que, s’il arrive à maintenir cet effort subtil d’élargissement de sa perception, une expansion très particulière de sa conscience commencera à s’effectuer en lui, avec également une diminution, ou même, un arrêt total de ses pensées. Cette manière de contempler ce qui se trouve devant lui s’accomplira sans qu’interviennent le pour et le contre qui surgissent en lui habituellement, et que, la plupart du temps, il ne remarque pas. Ce sont le pour et le contre qui sont sources de souffrance chez l’être humain.
Partout où l’aspirant tourne son regard, il lui faut veiller à saisir simultanément et dans la durée tout ce qui se trouve autour de la personne ou de l’objet sur qui ses yeux se posent. Cet effort particulier aura pour résultat un effet psychique, à la fois thérapeutique et libérateur. Le chercheur va constater qu’aussitôt qu’il perd cette expansion de sa conscience (qui est tellement importante pour son épanouissement spirituel), sa vision se rétrécit à nouveau, et il recommence à voir ce qui se présente à lui d’une manière vague ; il est emporté et redevient, en peu de temps, absent à lui-même, enfermé dans son petit monde étroit et coutumier.
De surcroît, il doit se souvenir que, comme deux pensées ne peuvent co-exister en lui simultanément, s’il veut chasser une pensée défavorable ou avilissante, il lui faut la remplacer par une pensée plus élevée et s’accrocher sans cesse à cette dernière.
Edouard Salim Michael La Quete Supreme Chap 20
William Blake : Voir le monde
/0 Commentaires/dans Connais toi toi même et tu connaitras l'univers et les DieuxVoir le monde dans un grain de sable,
Et le ciel dans une fleur des champs.
Tenir l’infini dans sa paume,
Mettre l’éternité dans une heure.
William Blake
Philip Kapleau : extrait des trois piliers du zen
/0 Commentaires/dans Bouddhisme Mahayana, Connais toi toi même et tu connaitras l'univers et les DieuxJaponais architecte- 32 ans
Le maitre m’a confirmé mon Eveil et m’a dit :
il y a une énorme différence entre une connaissance superficielle et une connaissance profonde. Ces différents degrés sont décrits dans les dix images de la Capture du Bœuf. La profondeur de votre illumination ne dépasse pas le niveau illustré par la troisième image, c’est-à-dire la vue du Bœuf. En d’autres termes, vous avez seulement entrevu le royaume qui se trouve « au-delà de la manifestation de la forme ». Votre illumination est de nature à vous échapper facilement si vous cédez à la paresse et renoncez à une pratique assidue. En outre, bien que vous ayez atteint l’illumination, vous êtes resté le même. Mais si vous continuez à pratiquer le zazen, vous atteindrez le quatrième stade, celui de la capture du Bœuf, Pour l’instant, si je puis dire, vous ne « possédez » pas votre connaissance. Après le stade de la capture du Bœuf il y a celui de son apprivoisement, puis celui où on le monte, qui est un stade de conscience où l’illumination et l’ego se confondent. Ensuite vient le septième stade, celui où on oublie le Bœuf; le huitième, où on oublie aussi bien le Bœuf que soi-même ; le neuvième, celui de la grande illumination, où celle-ci ne se différencie plus de la non-illumination. Le dernier stade, le dixième, est celui où, ayant complètement achevé sa pratique, on se retrouve parmi les gens ordinaires, prêt à les aider chaque fois que possible, libre de tout attachement à l’illumination. Vivre à ce stade est le véritable objectif et son atteinte peut nécessiter plusieurs cycles d’existence. Vous avez mis le pied sur le chemin qui mène à ce but et vous pouvez déjà en être reconnaissant.
Avant de recevoir les instructions de mon premier maître, je me suis livré au zazen à ma manière. J’ai choisi le premier koan du Hekigan-roku et j’ai médité la question de l’Empereur : « Quelle est la plus haute vérité de la sainte doctrine ? » et la réponse de Bodhidarma : « Kakunen musho, ni l’étendue sans limites ni rien d’autre ne peut être qualifié de saint », mais je n’ai pas réussi à comprendre. Pourtant, me rappelant un proverbe japonais qui dit : « Si tu lis un livre cent fois tu finiras bien par le comprendre », j’ai longuement médité la réponse de Bodhidarma. Au bout de deux jours, j’ai éprouvé la sensation dont j’ai parlé plus haut, celle de regarder un ciel immense et clair. Je sais à présent que cela m’a aidé.
Le fait suivant mérite aussi d’être mentionné. En tant qu’ancien champion scolaire d’escrime japonaise, j’eus à affronter cinq étudiants au cours d’un tournoi intercollèges. Les trois premiers étaient relativement faibles et j’essayai de les vaincre sur le plan technique, mais tous les trois me battirent. Lorsque j’affrontai le quatrième, je sentis la nécessité absolue de défendre la réputation de mon école en même temps que le fait d’avoir été vaincu trois fois me remplissait d’amertume. J’étais désespéré. Sans réfléchir, j’attaquai mon adversaire d’instinct et regagnai ma place sans savoir si j’avais gagné ou perdu. Plus tard, un ami me dit que j’avais remporté une magnifique victoire. Je battis mon cinquième adversaire — de loin le plus fort — de la même manière.
Au cours de ces deux rencontres, je connus des moments de pure illumination, agissant sans penser à la victoire ou à la défaite, à mes adversaires ou à moi-même, sans même avoir conscience de participer à un tournoi. En face d’une situation où sont en jeu la vie et la mort, on peut agir ainsi, intuitivement, libre de toute illusion et de toute discrimination, et sans pour autant être en transe. Il s’agit seulement de s’entraîner, selon les principes du zen, à agir en toute circonstance en s’engageant totalement dans ce qu’on fait.
Lorsque nous vivons distraitement, nous sommes enclins à tomber dans une discrimination partiale. C’est là un état d’esprit qui favorise l’égocentrisme et augmente la souffrance humaine. C’est pourquoi, chaque fois que j’ai conscience de revenir en arrière, je me rappelle que le ciel et la terre sont de même nature. Tout est Un. La forme visible des choses n’est pas différente du vide qui est leur nature essentielle.
Ayant lu beaucoup de livres sur le zen avant mon illumination, j’avais l’illusion que, si je pouvais atteindre l’illumination, j’acquerrais des pouvoirs surnaturels, ou que ma personnalité deviendrait brusquement exceptionnelle, ou que je deviendrais un grand sage, ou encore que je ne connaîtrais plus aucune souffrance et que le monde deviendrait une sorte de paradis. Ces idées fausses, je m’en rends compte aujourd’hui, contrariaient l’enseignement de mon maître.
Avant mon satori, je me souciais beaucoup de mon état physique, de la société et de beaucoup d’autres choses, mais après mon illumination tout cela a cessé de me préoccuper. A présent, quoi que je fasse, je m’identifie complètement à ce que je fais. J’accepte les choses agréables ou déplaisantes comme telles et je cesse aussitôt d’y penser.
J’estime que, par l’expérience de l’illumination, l’esprit humain peut s’étendre à l’infini du cosmos. La vraie grandeur n’a rien à voir avec la fortune, la situation sociale ou la capacité intellectuelle ; c’est seulement affaire d’élargissement de l’esprit. Dans ce sens, je m’efforce constamment de devenir grand.
Comme chacun sait, le savoir et la puissance de raisonnement ne sont pas nécessaires pour la pratique du zen. Selon la tradition bouddhiste, le sixième patriarche, Eno, le plus grand des maîtres de la Chine ancienne, fut capable d’atteindre l’illumination parfaite parce que, étant illettré, il ne lui avait pas été donné de lire quoi que ce fût et de se livrer à des spéculations touchant la vérité, de telle sorte qu’il avait pu atteindre directement la source de l’Esprit. Depuis les temps anciens, les Japonais ont dit que ce n’est pas par l’intelligence mais par la méditation assidue que nous pouvons connaître la nature ultime de l’Esprit et approfondir sans fin cette vision.
Certains arbres, parce qu’ils poussent trop vite, n’acquièrent jamais la force de résister à une forte tempête. De même il y a des adeptes du zen qui atteignent rapidement l’illumination mais qui, parce qu’ils renoncent à la pratique, ne deviennent jamais spirituellement forts. Dans le zen, ce qui est le plus important est l’exercice calme et obstiné du zazen dans la vie quotidienne, et la ferme résolution de ne pas renoncer avant d’avoir atteint une parfaite illumination.
extrait des trois piliers du zen
L’intuition scientifique, Andew Wiles et le théorème de Fermat
/0 Commentaires/dans Connais toi toi même et tu connaitras l'univers et les Dieux, Sciences de l'UniversLorsque j’ai eu l’occasion de rencontrer Andrew Wiles dans son bureau de Princeton, j’ai été frappé non par ce qu’il m’a dit mais par son attitude. […]
Tout, dans ses sourires, son silence, son regard, son attitude générale, me rappelait non pas un scientifique, mais des rencontres dans une abbaye isolée avec certains moines dont l’attitude et le comportement nous font ressentir qu’ils ont éprouvé un contact avec l’absolu dont aucun mot ne pourrait rendre compte.
Alain Connes, professeur au Collège de France, médaille Fields (l’équivalent du Nobel en mathématiques) se dit matérialiste. Cela donne encore plus de poids à son témoignage sur l’« illumination »
«Au moment où elle a lieu, l’illumination implique une part considérable d’affectivité, de sorte que l’on ne peut rester passif ou indifférent. La rare fois où cela m’est réellement arrivé, je ne pouvais m’empêcher d’avoir les larmes aux yeux. J’ai souvent observé la chose suivante : une fois la première étape de préparation franchie, on se heurte à un mur. L’erreur à ne pas commettre consiste à attaquer cette difficulté de manière frontale […]. On peut parvenir ainsi à une sorte d’état contemplatif qui n’a rien à voir avec la concentration d’un étudiant en mathématiques qui passe un examen. »
Roger Penrose, professeur à Oxford, fait partie des plus grands mathématiciens vivants. Il postule l’existence du monde platonicien des mathématiques… qui serait lui-même le fondement du monde physique1.
Ce qui expliquerait la « déraisonnable efficacité des mathématiques » : c’est-à-dire la raison pour laquelle elles peuvent si bien décrire le monde réel, ce qui peut paraître étrange si elles ne sont qu’une construction de l’esprit humain.
Extraits de L’existence a-t-elle un sens de Jean Staune
Chaque homme et chaque femme qui naissent et meurent sur cette planète, sans qu’ils le réalisent d’ordinaire, portent dans les couches les plus profondes et les plus obscures de leur conscience et dans chaque atome qui compose leur corps le souvenir, jusqu’au moindre détail, de tout ce qui est survenu dans le Cosmos, souvenir qui se perd dans un temps si reculé que vouloir en retrouver l’origine ne peut que donner le vertige à l’esprit trop limité de l’être humain !
En fait, bien que cela puisse paraître présomptueux aux yeux de personnes non illuminées d’avancer une pareille assertion, il faut néanmoins dire que tout ce que les astronomes croient avoir appris sur l’Univers et sur les innombrables galaxies et corps célestes qu’il contient était, sans qu’ils n’en aient eu conscience, mystérieusement enfoui dans les profondeurs de leur être ; au fond, ils n’ont fait que s’en souvenir !
Contrairement à ce qu’il croit habituellement, rien de ce que l’être humain pense avoir inventé ou créé n’est sien. En fait, il ne fait que re-connaître ce qu’il découvre, c’est-à-dire re-connaître ce qui existe déjà en lui à l’état latent. Ceci est vrai aussi bien pour les lois physiques qui gouvernent l’Univers, les progrès technologiques dans les domaines les plus complexes, les systèmes philosophiques, que pour les créations artistiques ; et cela concerne également une pratique spirituelle.
A moins qu’il ne réussisse à atteindre un niveau d’être très supérieur à celui du commun des mortels, il est impossible à l’être humain de comprendre que l’Univers, avec tout ce qu’il englobe, se trouve non seulement en dehors de lui, mais aussi en lui ; en fait, il est l’Univers en miniature.
Edouard Salim Michael Dans le silence de l’Insondable, chapitre 8
Nadia Boulanger : Le role de l’attention dans la musique
/0 Commentaires/dans Le rôle du grand artNadia Boulanger , née en 1887, fut professeur du conservatoire américain de Fontainbleau dès sa création en 1921 et directrice de 1948 jusqu’à sa mort en 1979 Dès la première session, elle établit sa réputation de remarquable professeur tant elle semble tout connaître de l’harmonie et de la tonalité occidentales.
Au cours de sa longue carrière, les milliers d’étudiants qui vinrent de l’étranger pour assister à ses cours ont été captivés par son talent, ses connaissances et sa philosophie : « Je suis votre degré de tension le plus élevé, disait-elle. Écoutez-le en vous-même. »
Nadia Boulanger interview exceptionnelle
Ajahn Chah : Pourquoi sommes nous ici ?
/0 Commentaires/dans Bouddhisme TheravadaLe Bouddha dit de trouver notre propre refuge. Ce qui veut dire trouver notre vrai coeur. Le coeur est vraiment important. La plupart du temps, les gens ne regardent pas les choses importantes, ils passent leur temps à regarder des choses sans importance. Par exemple, quand ils balayent la maison, lavent la vaisselle, etc., leur but c’est la propreté. Ils lavent les plats pour les nettoyer, ils veulent tout nettoyer… mais ils oublient de voir que leur propre coeur n’est pas vraiment propre. Cela s’appelle « avoir besoin d’un refuge mais prendre seulement un abri temporaire ». Ils embellissent leur maison, embellissent ceci et cela, mais ils ne songent pas à embellir leur propre coeur. Ils n’examinent pas la souffrance. C’est pour cela que ce coeur est la chose importante.
Le Bouddha nous a pressé de trouver un refuge dans nos coeurs: attahi atano natho – « Faites de vous-mêmes un refuge pour vous-mêmes ». Qui d’autre peut être un refuge? Ce qui est un vrai refuge c’est notre coeur, rien d’autre. On peut essayer de dépendre d’autres choses mais ce ne sont pas des choses sûres. On ne peut dépendre d’autres choses que si l’on a déjà un refuge en soi. Il nous faut d’abord avoir un refuge. Avant de pouvoir dépendre d’un maître, d’une famille, d’amis ou de parents, il faut que l’on fasse de soi un refuge.
Alors aujourd’hui, vous tous laïcs et moines qui êtes venus pour nous rendre visite et présenter vos hommages, recevez s’il vous plaît cet enseignement et contemplez-le. Demandez-vous: « Qui suis-je? Pourquoi suis-je ici? » Demandez-vous souvent: « Pourquoi suis-je né? » Certaines personnes n’en savent rien. Elles désirent être heureuses mais la souffrance n’a pas de fin. Riches ou pauvres, les gens souffrent. Qu’ils soient jeunes ou vieux, ils souffrent encore. Tout cela c’est de la souffrance. Et pourquoi? Parce qu’ils n’ont pas la sagesse. S’ils sont pauvres, ils sont malheureux parce qu’ils sont pauvres; s’ils sont riches, ils sont malheureux parce qu’ils sont riches; il y a trop de choses dont il faut s’occuper. ()
Ce sont des choses à contempler avec un sens de l’urgence; tant que nous sommes encore vigoureux, nous devrions commencer à pratiquer. Si vous voulez acquérir des mérites, alors dépêchez-vous de vous y mettre. Mais la plupart des gens laissent cela aux gens d’un certain âge. Les gens attendent d’être âgés avant d’aller au monastère étudier le Dhamma. Les hommes et les femmes sont pareils: « Attends que je devienne vieux en premier. » Je ne sais pas à quoi ils pensent. Est-ce qu’une personne âgée a encore de l’énergie? Mesurez-vous à la course avec quelqu’un de jeune et voyez pour vous-mêmes. Pourquoi attendre d’être vieux? Comme s’ils n’allaient jamais mourir ! Quand ils atteignent 50 ou 60 ans, ils disent: « Hé, grand-mère! Allons au monastère. » « Oh, mes oreilles n’entendent plus très bien! » Vous voyez? Quand ses oreilles fonctionnaient bien, qu’écoutait-elle? « Cela me dépasse! » Juste perdre son temps à cueillir des baies. Finalement quand ses oreilles n’entendent plus, elle va au monastère. C’est sans espoir. Elle écoute l’exposé mais n’a pas idée de ce qui se dit. Les gens attendent d’être usés jusqu’à la corde avant de songer à pratiquer.
Dans le passé, mes jambes pouvaient courir. Maintenant rien que de me promener par là les rend lourdes. Avant, mes jambes me portaient; maintenant je dois les porter. Quand j’étais enfant, je voyais de vieilles gens se lever de leurs sièges en disant « ouille! », s’asseoir en disant « ouille! ». Même quand les choses en arrivent là, ces personnes n’apprennent toujours pas. En s’asseyant, elles disent « ouille! », en se levant « ouille! ». Il y a toujours ce « ouille! ». Mais elles ne savent pas ce qui leur fait dire « ouille! » comme cela. Il n’y a que « ouille! … ouille! ».
Même quand les choses en arrivent là, les gens ne voient toujours pas le fléau qu’est le corps. Nous ne savons jamais quand nous en serons séparés. Ce qui nous cause toute cette douleur, ce sont simplement les sankharas (phénomènes conditionnés) qui suivent leur cours naturel. Les gens pensent qu’il s’agit de rhumatismes, d’arthrite, de goutte, etc. Le docteur vient et vous donne un médicament mais la douleur ne s’en va jamais vraiment. A la fin, tout s’écroule, même le docteur! Ce sont les sankharas qui suivent leur déclin selon leur nature. C’est leur manière d’être, leur nature.
Par conséquent, frères et soeurs, regardez bien. Si vous voyez cela à l’avance, tout se passera bien pour vous, comme de voir à temps un serpent venimeux qui se trouve devant nous. Si nous le voyons à temps, alors nous pouvons nous écarter de son chemin et il ne nous mordra pas. Si nous ne le voyons pas, nous continuerons à marcher droit sur lui et nous lui marcherons dessus. Et alors il nous mordra. Ensuite survient la douleur et nous ne savons pas vers qui aller. Où irez-vous pour vous faire soigner cela? La seule chose que les gens veulent c’est de ne pas avoir à souffrir. Ils veulent être sans souffrance, mais ils ne savent pas comment soigner cette souffrance quand elle survient. Et ils vivent ainsi jusqu’à ce qu’ils deviennent vieux, malades, et meurent. ()
Quand vous êtes aux champs ou que vous faites le jardin, considérez ces paroles… « Pourquoi suis-je né? » « Que puis-je emporter avec moi? »
Reposez-vous la question sans cesse. Quiconque se pose souvent cette question deviendra sage. Celui qui ne se la pose pas restera ignorant.
Ajahn Chah moine Theravada , Tradition moine de la Foret, 1981 dans le Nord-est de la Thaïlande
Maitre Dogen : La Grande Voie du Bouddha
/0 Commentaires/dans Bouddhisme MahayanaDans son Shobogenzo, Dogen s’adresse en ces termes à ceux qui voudraient s’identifier au Bouddha tout en évitant les efforts nécessaires :
« La Grande Voie du Bouddha et des patriarches implique la plus haute forme d’effort, qui passe sans fin par les épreuves de la discipline et de la pratique pour aboutir à l’illumination et au Nirvana (…). Cet effort soutenu n’est pas une chose que les hommes de ce monde souhaitent et aiment naturellement, mais c’est pourtant le dernier refuge de tous. C’est seulement par les efforts de tous les bouddhas du passé, du présent et du futur que les bouddhas du passé, du présent et du futur deviennent une réalité [..*]. Par cet effort seul l’état de bouddha est réalisé et ceux qui ne font pas d’effort quand l’effort est possible, ceux-là détestent Bouddha, détestent son service et détestent l’effort ; ils ne veulent pas vivre et mourir avec Bouddha ; ils ne veulent pas de lui pour maître et pour compagnon. »
A moins d’être des Bouddha actifs, vous ne serez jamais libérés des liens du Bouddha ni des liens du Dharma, vous ne pourrez venir à bout des démons du Bouddha ni des démons du Dharma.
Que signifie l’expression « liens du Bouddha » ? c’est comprendre l’Eveil d’une manière abstraite, et donc être prisonnier des vues intellectuelles et d’une compréhension toute théorique. C’est se ligoter soi-même avec une corde qui n’existe pas. Mais, tant que la corde n’est pas rompue, elle est comme le lierre qui enlace l’arbre jusqu’à ce qu’il périsse. C’est passer vainement sa vie dans les cavernes des Bouddhas conçus par l’intellect.
La Grande Voie des Bouddhas et des Patriarches consiste toujours dans ces activités suprêmes, indéfiniment poursuivies et ininterrompues :
l’esprit d’Eveil,
la Pratique,
l’Eveil et
le Nirvana.
Ces quatre activités ne souffrent pas qu’il existe entre elles le moindre intervalle, la moindre discontinuité. Telle est la perpétuation de la Voie par l’activité. En conséquence, l’activité suprême n’est jamais imposée ni à soi-même ni aux autres, elle est « activité totale ».
La puissance d’une telle activité soutient soi-même et les autres. En tant que telle, il importe que les cieux tout entiers, la terre des dix directions tout entière jouissent du mérite de mon activité. Même si moi-même ni mes autres n’en sommes conscients, il en va ainsi.
chap 14 du Shobogenzo