Une question essentielle

Quelle convergence entre l’ascète yogi tibétain Milarepa et Madame Guyon, la grande mystique chrétienne ? entre Ramana Maharshi et le célèbre soufi Al-Hallâj ? Quel dénominateur commun à ces êtres hors de l’ordinaire qui, de façons apparemment tellement différentes, ont gravi les échelons menant à la réalisation ultime ? Ne s’agit-il pas d’une question de la plus haute importance ? s’interroger sur ce qu’est le cœur d’une pratique ?

Edouard Salim Michael : La division d’attention

Il est fréquent d’entendre des aspirants dire qu’ils ne peuvent répondre en même temps à l’appel de la vie extérieure et à celui de la vie intérieure ; que, s’ils cèdent aux exigences interminables de la vie extérieure, leur vie intérieure en souffre, et que si, au contraire, ils obéissent à l’appel de la vie intérieure, c’est alors la vie extérieure qui est négligée et en pâtit.

Il faut à un chercheur beaucoup de patience et de fermeté pour arriver à dominer une certaine résistance venant de son moi ordinaire qui l’empêche d’établir en lui une division d’attention très particulière, indispensable dans une quête spirituelle. Ce n’est qu’à la suite d’une pratique tenace et répétée de certains exercices de concentration effectués dans la vie active (et dont l’intensité dépend de son niveau de conscience, de son niveau d’être et de son niveau d’intelligence), qu’il pourra trouver le moyen de vivre dans deux mondes à la fois : d’une part, un monde translucide et éthéré qu’il porte déjà dans les profondeurs de son être et, d’autre part, le monde manifesté et grossier, perceptible par ses organes sensoriels. Ainsi, d’une manière très spéciale, son regard restera tourné vers le monde du dehors, mais, en même temps, son esprit sera dirigé vers l’intérieur de lui-même.

Cette division d’attention particulière (à laquelle l’aspirant doit s’exercer inlassablement) se rencontre mystérieusement chez certains très grands compositeurs ; c’est uniquement grâce à elle que, sans en avoir conscience, ces grands êtres parviennent, alors qu’ils sont intensément absorbés par leurs créations musicales, à entrer en contact avec un autre monde en eux, un univers intérieur énigmatique d’où ils tirent leurs extraordinaires inspirations qui, par la suite, émerveillent le monde extérieur. Cette division d’attention, tellement importante pour la croissance spirituelle de l’aspirant, créera mystérieusement en lui une expansion de sa conscience. En outre, ce n’est que lorsqu’il parviendra à conserver cette subtile division d’attention dans sa vie active qu’un certain équilibre pourra commencer à s’établir en lui entre le monde extérieur et le monde intérieur, un équilibre qui lui permettra d’être conscient de lui-même de manière juste. (..)

Si l’aspirant est réellement sincère dans son désir de répondre à cette énigmatique voix intérieure qui l’appelle si mystérieusement, et s’il est prêt à se donner entièrement à ce qu’il souhaite atteindre en lui-même (qui, sans que peut-être il le réalise au commencement, est pour lui une question de vie ou de mort !), il ne peut alors éviter de constater que la lutte qui lui est demandée pour demeurer intérieurement présent et vrai se révèle indiscutablement difficile. Et, s’il ne se montre pas suffisamment lucide et sur ses gardes devant les problèmes qu’il rencontre en lui-même, il risque de se décourager fréquemment (ou même de capituler en route) en voyant à quel point cette Vérité d’Être et cette Présence Intérieure, qu’il tente si péniblement de consolider en lui, sont fragiles et difficiles à maintenir en vie.

Il sera sans doute déconcerté lorsqu’il découvrira que cette Vérité d’Être et cette Clarté de conscience, qu’il essaie de garder vivantes en lui, ne durent qu’un bref instant avant de s’altérer et de se mêler à nouveau à son état d’esprit coutumier dans lequel il cesse d’être, redevenant ce qu’il est d’habitude, avec ses pensées confuses et ses bavardages intérieurs futiles.

Au début de son engagement dans cette étrange bataille intérieure, la lutte pour demeurer présent et vrai en lui-même peut s’avérer très pénible à supporter pour l’aspirant, car, pendant longtemps encore, ses efforts lui sembleront peut-être ne pas porter de fruits,* et il sera continuellement tenté de vouloir abandonner ce combat intérieur, pensant qu’il est inutile de le poursuivre. Ou bien, il peut même en arriver à croire que la voie qu’il suit n’est pas la bonne et qu’il lui faut en chercher une autre, qu’il doit certainement y avoir quelque part un chemin meilleur et plus facile à suivre !

Il est difficile pour l’aspirant d’accepter que la facilité ne puisse en aucune manière être possible dans une voie spirituelle authentique, à moins d’avoir déjà subi, dans un passé insondable et incompréhensible d’ordinaire, une longue préparation — et même encore…, comme le démontre la vie de tant de grands mystiques, y compris celle du Bouddha, qui ne fut, jusqu’à son illumination finale, qu’un immense effort continuel !

Edouard Salim Michael : Les Obstacles à L’Illumination

Madame Guyon : chemins mystiques

Jeanne-Marie Bouvier de La Mothe-Guyon, appelée couramment Madame Guyon, née 13 avril 1648 morte à Blois le 9 juin 17179 est une mystique francaise . Jeanne-Marie Bouvier de la Mothe Guyon qui fut emprisonnée dix ans (deux dans un couvent, trois dans à la prison de Vincennes et cinq à la Bastille), pour avoir oser écrire, enseigner et témoigner d’un avancement spirituel exceptionnel.

Jusqu’à ce que l’âme ait une longue habitude au recueillement, il lui est fort pénible : Dieu tire d’un côté, l’habitude et les sentiments de l’autre. C’est quelque chose qui divise ; à la suite cela vous sera plus facile. Je voudrais que sitôt que vous vous sentez attiré au recueillement, vous cessassiez toutes choses dans l’instant pour vous habituer au repos : quand ce ne serait que pour des moments, ce moment aura toujours son effet, car ces moments sont des touches qui portent effet dans l’âme quoiqu’on n’en connaisse rien, car quoique les touches ne soient que pour ces moments, l’effet reste subsistant, comme un coup de lancette laisse une cicatrice : ainsi ces petits moments de grâce sont très efficaces, pourvu qu’on ait la fidélité de n’en laisser passer aucun sans y correspondre. C’est la voix du Verbe qui appelle. Cette fidélité à correspondre à ces moments est plus essentielle pour avancer qu’une longue oraison. La raison de cela est que c’est nous qui choisissons nos temps, mais alors, c’est Dieu qui appelle et qui est le principe du temps et de la prière.
Correspondance à Poiret – chemins mystiques

Poésies mystiques composées pour servir d’enseignement à Fénelon
(son plus proche disciple) :

Je ne connais ni la mort ni la vie
Dieu vit en moi et je vis en Dieu.
Pour tous plaisirs mon âme est assoupie
Il n’est pour moi ni loi, ni temps, ni lieu.

Sans rien savoir, il n’est rien que j’ignore
Sans rien avoir, je ne manque de rien.
Sans rien aimer, nul tourment je n’abhorre
En voulant tout, je ne veux aucun bien.

Plus que la mer mon coeur se trouve immense.
Rien d’ici bas ne saurait le borner
Dieu verse en lui sa divine science
Ferme et constant, qui pourrait l’ébranler !

Jean Pierre Schnetzler : Je désire méditer

«  On rencontre des connaisseurs du Dharma qui savent par cœur « de la méditation nait la sagesse, sans méditation la sagesse s’évanouit » (Dhammapada 282), mais se gardent bien de méditer et ne se sont jamais demandé pourquoi ils agissaient ainsi.

D’ailleurs les laïcs ne sont pas seuls en cause et l’histoire bouddhique compte nombre de monastères où les cérémonies et la lecture des sutras ont fini par dévorer tout le temps consacré à la méditation. Dégénérescence contre laquelle tous les maîtres et ceux de l’école Zen en particulier ont toujours vigoureusement réagi. Si donc ce mal va jusqu’à frapper les monastiques, c’est qu’il est bien fondamental et difficile à parer.
En ce sens, lire ou chanter un sutra apparaît comme plus facile, plus naturel car plus conforme aux activités habituelles où l’esprit et le corps s’appliquent à un objet qui apparaît comme extérieur à eux. Ce genre d’activité ne remet donc pas en cause le sujet lui-même comme le fait la méditation où l’application de l’esprit se fait au corps et à l’esprit eux-mêmes. »
 
« Je désire méditer. Puis j’oublie purement et simplement cette velléité.
Je désire méditer. Mais des doutes se lèvent sur l’utilité de la méditation ou sur mon aptitude à la pratiquer. De fait, je remets à plus tard.

On voit ici le rôle stérilisant du doute et tout particulièrement de ce doute fondamental sur soi-même qu’on peut traduire caricaturalement par « c’est beaucoup trop beau et trop difficile pour moi ». Il y a dans cette sous estimation une méconnaissance de ce que chaque être possède la nature de Bouddha.
Je désire méditer. Hélas, mon appartement est trop bruyant ; le soir tard ou le matin de bonne heure, ne serait-il pas meilleur pour ma santé de me reposer ? je dors.
J’avais résolu de méditer. Mais, à l’heure dite, je me souviens soudain que je dois écrire une lettre, ce que je fais. A posteriori, je réalise que j’aurais bien pu l’écrire plus tard. Etc…
Et chaque lecteur, en s’observant, pourra enrichie cette liste de ses exemples vécus. »

De la méditation bouddhique par Jean Pierre Schnetzler p. 65 ed Dervy livres)

Bouddha : Si vous voulez connaitre votre avenir

Si vous voulez connaître le passé, savoir ce qui vous a causé, regardez votre situation présente, car voici l’effet du passé. Si vous voulez connaître votre avenir, regardez vos actes présents : voilà la cause du futur.

Majjhima Nikaya p ; 105

Auparavant, il obéissait simplement, sans se poser de questions, aux diktats de son moi ordinaire et, ce faisant, il a fait de lui, sans en avoir été conscient, ce qu’il est aujourd’hui.

En effet, ce que sa vie est aujourd’hui est le résultat de sa pensée, de son état intérieur et de sa façon d’être d’hier, de la semaine dernière ou du mois précédent. Ce qu’il voit refléter en face de lui dans le présent résulte immanquablement de ce qu’il a fait de lui-même dans le passé par la manière dont il a vécu.

La voie de la Vigilance intérieure Edouard Salim Michael

Renaissance et reincarnation.

Afin de tenter d’appréhender quelque peu cette difficile question de la réincarnation — qui représente pour les Hindous et la majorité des Bouddhistes une perspective indiscutée —, il est possible de trouver une analogie dans ce qui se produit quotidiennement dans la vie de tout être humain, et que celui-ci tient généralement pour un fait allant de soi. En effet, chaque nuit, lorsqu’il sombre dans son sommeil nocturne, ne subit-il pas à son insu— sans que d’ordinaire il le regarde comme tel — un genre de petite mort répétée ? Et, lorsqu’il se réveille le matin et ouvre de nouveau les yeux sur le monde manifesté, n’est-il pas, en quelque sorte, réincarné ?

On peut ainsi affirmer que, déjà de son vivant, il passe à travers un nombre — néanmoins limité — de petites morts et de réincarnations jusqu’à ce qu’arrive l’heure critique de son départ de ce monde où il lui sera ordonné de laisser derrière lui l’existence phénoménale qu’il ne lui aura été permis de connaître que pour un temps déterminé.

Et pareillement, peut-être le nombre de réincarnations possibles pour un être humain est-il aussi limité que celui des jours et des nuits qu’il est destiné à vivre durant son séjour temporaire sur ce globe. Toutefois, la réincarnation est-elle — comme on le croit en Asie — un droit pour tous ?

Ne doit-on pas s’interroger sur ce qu’il adviendra de celui qui ne cherche pas, de toutes ses forces, à diriger son intérêt dans une direction précise qui ait une valeur spirituelle — ou du moins artistique —, de façon à laisser en son être une trace suffisamment durable et profonde, capable de traverser l’oubli de la mort ?

Autrement dit, si sa vie ne s’est déroulée — comme c’est le cas pour la majorité des hommes et des femmes — qu’en réaction machinale à des conditions extérieures qui, de par leur nature, ne peuvent qu’être en perpétuel changement, et que rien de permanent ne s’est implanté en lui qui puisse appeler une nouvelle naissance, une réincarnation peut-elle être envisageable pour lui ?

En revanche, certains êtres, qui, en raison de la durée trop brève de la vie humaine, n’ont pu mener à son terme le travail spirituel qui était vital pour eux, seront contraints de revenir à l’existence phénoménale pour pouvoir achever ce qui a été commencé jadis et que la mort a interrompu prématurément.

Aussi, s’il se donne la peine de réfléchir à ce qui vient d’être expliqué, l’aspirant ne doit-il pas se demander s’il est réellement prêt à se vouer avec le tout de lui-même à sa quête ? — en d’autres termes, à tout faire pour “atteindre l’autre rive” ou pour devenir un “élu”, ce qui doit être le but de tout chercheur sérieux ?

Compte tenu de la confusion qui règne dans l’esprit des gens au sujet d’un domaine si difficile à embrasser, il s’avère des plus importants pour un aspirant de comprendre la différence existant entre renaissance et réincarnation.

Dans le premier cas, le retour à la vie n’est, par le principe de causes et d’effets, que le produit spontané de forces engendrées par des tendances et agrégats psychiques qui subsistent après la mort d’un individu et qui se recombinent à d’autres, de façon plus ou moins aléatoire, pour former un nouvel être qui leur fournira le terrain et les conditions d’existence leur permettant de se manifester à nouveau.

Il s’agit là d’un processus automatique, sans choix possible.

La réincarnation quant à elle ne peut se produire que pour un adepte qui est suffisamment avancé — que les Tibétains appellent un tulku * — et dont les efforts assidus qu’il a fournis dans le passé ont implanté en lui une impulsion qui donnera une direction déterminée à sa nouvelle vie, afin que, comme dit précédemment, il puisse poursuivre la tâche spirituelle déjà entreprise, mais qui était demeurée inachevée. Dans ce cas, la loi qui détermine cet événement fournira les conditions nécessaires à son actualisation.

Si un chercheur rejette a priori la possibilité de la réincarnation et n’envisage qu’une vie unique où son destin se joue de façon irrémédiable, il peut se sentir accablé en constatant à quel point il est loin des efforts qu’ont fournis de grands mystiques. Aussi, au lieu de se lancer, avec toute sa sincérité, dans le processus — qui ne peut qu’être douloureux — de la transformation de lui-même par des efforts spécifiques destinés à implanter en son être la semence nécessaire pour l’aider dans une existence future, il risque de rester tel qu’il est, en attendant passivement qu’un miracle se produise en sa faveur.

En effet, comme il ne peut trouver d’explication satisfaisante à l’écart qui existe entre les capacités des individus et que, par ailleurs, il a pu apprendre que le destin de certains grands mystiques a basculé soudainement lors d’une expérience spirituelle spectaculaire, apparemment inattendue, au lieu d’en déduire que des événements qui surviennent aussi mystérieusement dans la vie d’un homme ne peuvent qu’être le fruit d’un travail spirituel assidu entrepris dans d’autres existences, il est contraint d’attribuer de telles différences de destinée au choix arbitraire d’une puissance supérieure ; il ne peut alors qu’espérer profiter un jour, lui aussi, du bon vouloir de ce Dieu situé quelque part dans l’Univers et jouant aux dés les gagnants d’un jeu cosmique !

Il arrive parfois que, dans des moments d’intense présence à lui-même, un chercheur puisse accéder à d’autres plans de conscience lui permettant de connaître, d’une façon inexplicable par la logique de ce monde, toutes les possibilités d’un être vivant, d’une situation ou d’une chose en même temps. Il en est ainsi pour la réincarnation ; elle peut être saisie dans sa globalité à des moments privilégiés, par une soudaine perception directe qui dépasse la compréhension ordinaire.

Mais, vu la complexité d’une telle question — dont toutes les faces ne peuvent être appréhendées qu’à la suite d’un travail spirituel intense et non par des raisonnements intellectuels au niveau de la conscience coutumière —, lorsque l’on veut essayer de communiquer quelque chose de cette connaissance indéfinissable avec des mots, on se trouve confronté à une difficulté quasi insurmontable.

Il faut que le chercheur se refuse à nier en bloc ce phénomène ou à accepter aveuglément des doctrines toutes faites à propos d’un sujet aussi vaste et troublant, et qu’il tente de découvrir, au travers de ses propres pratiques de méditation, les réponses appropriées à ses besoins du moment pour l’aider dans cette difficile quête de la Source Sainte d’où il a émergé et dans laquelle il sera réabsorbé après sa mort.

*Il faut toutefois préciser que ce phénomène n’est pas propre aux Tibétains et qu’il peut s’observer à toutes les époques et dans tous les pays à propos de grands mystiques, comme Thérèse d’Avila ou Ramana Maharshi — ou même parfois de grands artistes (tels Mozart et Beethoven).

Edouard Salim Michael – S’éveiller, une question de vie ou de mort

Ian Stevenson : Les enfants qui se souviennent de leurs vies antérieures

Le cas de Shamlinie Prema

Shamlinie Prema est née à Colombo, Sri Lanka, le 16 octobre 1962. Ses parents vivaient à Gonagela, à 60 kms au sud de Colombo. C’est là qu’elle fut élevée. La première chose qu’elle manifesta avant de savoir parler fut une peur terrible de l’eau.
Quand on voulait lui faire prendre un bain, elle résistait de toutes ses forces en hurlant. Elle avait aussi très peur des autobus, criait et pleurait si on devait l’y faire monter, et même en les voyant passer.
Etonnés de son comportement, ses parents pensèrent assez tôt qu’il pouvait s’agir d’un souvenir tragique d’une autre vie. effectivement, dès qu’elle sut parler, elle raconta des épisodes de son ancienne vie et surtout sa mort.
Cela se passait à Galtudawa (à 2kms environ de Gonagela). Elle disait « ma mère de Galtudawa » et parlait de ses soeurs et de deux compagnons d’école. Elle décrivait une maison notablement différente de celle qu’elle habitait à Gonagela.
Voici, d’après ses parents le récit de sa mort : « Un matin avant l’école, elle était sortie pour acheter du pain. La route était inondée. Un bus passa en l’éclaboussant et la fit tomber dans une rizière. Elle cria « Maman » en levant les bras et « tomba endormie ». Les parents de Shamlinie ne firent pas tout de suite le rapprochement avec un terrible accident qui s’était produit le 8 mai 1961 : une petite fille de onze ans Hemaseelie Guneratne habitant Galtudawa et parente éloignée des Prema (bien qu’il n’existât aucune relation entre les deux familles), s’était noyée dans des circonstances exactement semblables à celles du récit de Shamlinie.
Un jour, Shamlinie reconnut un cousin de Hemaseelie, dans une rue de Gonagela. Elle avait trois ans. Un an plus tard elle reconnut les soeurs de la petite fille noyée, également à Gonagela.
Shamlinie avait déjà demandé qu’on l’emmène voir sa « mère de Galtudawa », qu’elle comparait à sa mère actuelle, au détriment de cette dernière. Enfin, son père accepta de rendre visite aux Guneratne.
Elle rendit visite encore plusieurs fois aux Guneratne, mais, peu à peu, à mesure que ses souvenirs s’estompaient, elle y alla de moins en moins, en parla de moins en moins et à onze ans, en 1973, elle semblait avoir tout oublié.
Sa phobie de l’eau était guérie depuis l’âge de quatre ans et à huit ans, elle n’avait presque plus peur des autobus.

Ou trouve-t-on le plus de cas de réincarnation ?

Certaines parties du monde se prêtent plus que d’autres à la découverte de cas. Ce sont l’Inde (du Nord), le Sri Lanka, la Birmanie, la Thaïlande, le centre-sud de la Turquie, le Liban, la Syrie, l’Afrique occidentale et les régions nord-occidentales des Etats Unis.

J’ai trouvé également — et étudié — de nombreux cas en Europe et en Amérique du Nord (à part les tribus indiennes des régions du nord-ouest). j’en ai trouvé aussi en Amérique du Sud mais en moins grand nombre.

Le Tibet doit avoir été un foyer de nombreux cas, si j’en juge par ceux que j’ai rencontrés parmi les réfugiés tibétains qui vivent aujourd’hui en Inde. Mais les familles sont tellement dispersées qu’il est difficile de rassembler les témoins indispensables à nos enquêtes.

J’ai des raisons de croire que nous pourrions avoir un vaste champ d’études au Japon et au Laos, au Cambodge et au Vietnam. Mais le temps m’a manqué et j’ai dû limiter nos recherches aux pays dont j’ai appris à connaitre la culture.

Comme je l’ai déjà mentionné, il y a beaucoup plus de cas en Occident (Europe et Amérique du Nord) que ne l’imaginent les Occidentaux. En outre, nous avons trouvé plusieurs cas en Asie parmi les peuples dont la religion rejette l’idée de réincarnation (par exemple les chrétiens du Liban et du Sri Lanka et les musulmans sunnites de l’Inde).

Nos travaux dépendent entièrement des gens qui nous contactent pour nous signaler des cas, dont un certain nombre ne sont observés qu’à l’intérieur du cercle familial et des amis du sujet : il s’agit là généralement d’un parent décédé dont la personnalité semble s’être réincarnée dans son propre foyer. c’est ce que j’appelle un cas « privé ».

Il y a également un nombre (non recensé) de cas étouffés dans l’oeuf par les gens qui ne croient pas à la réincarnation. Les parents pensent que l’enfant raconte des sottises ou des mensonges et lui imposent silence. Mais le cas se produit aussi dans les familles où la réincarnation constitue l’essentiel de leurs croyances. Par exemple, en Inde ou en Birmanie, la tradition veut qu’il soit mauvais et même dangeureux pour un enfant d’avoir des souvenirs de sa vie précédente. Ou bien les parents ont une raison de vouloir cacher des affaires de famille dont l’enfant semble se rappeler, ou encore c’est le comportement de l’enfant qui dérange. Si l’enfant se prétend d’une caste supérieure, il humilie ses parents ; si on contraire il se dit d’une caste inférieure, il les gêne, voilà des circonstances où l’on fait taire l’enfant.//

Lorsque le cas n’est ni privé, ni tu par la famille, il arrive qu’il soit porté à ma connaissance par l’un de mes nombreux collaborateurs à travers le monde, qui me servent également d’interprètes. //

Au début de mes enquêtes, je dépendais uniquement de la presse pour me renseigner. Je suis certain que la fréquence des cas est bien supérieure à celle des rapports dans la presse. Dans les pays où je suis aidé par des personnes qui s’intéressent à nos recherches, nos schémas géographiques révèlent une densité de cas inconnus du public.

Ian Stevenson –Les enfants qui se souviennent de leurs vies antérieures

Edouard Salim Michael : Connaitre son Etre Celeste

L’être humain cherche à connaitre son Etre Suprême, son Etre Céleste, mais il croit qu’il doit l’ajouter à ce qu’il est. Mais il n’est pas question d’ajouter quelque chose à ce qu’on est…

Ayya Khema : En réalite il n y a qu une vérite

En réalité, il n’y a qu’une vérité et les mystiques de tous les âges ont toujours trouvé la même vérité. C’est une Conscience Universelle et qui peut être expérimenté durant la méditation. (..)

La Conscience Universelle n’est pas bouddhiste, mais infinie. L’infinité de l’espace n’est pas bouddhiste mais infinité. »

Ayya Khéma
Rencontre avec des femmes remarquables de Martine Batchelor

Alexandra David Neel : La reincarnation et les tulkous

Quoique le bouddhisme originel dénie l’existence d’une âme permanente qui transmigre et considère cette théorie comme la plus pernicieuse des erreurs, la grande majorité des bouddhistes sont retombés dans l’ancienne croyance des Hindous concernant le jîva (le « moi ») qui, périodiquement « change son corps usé pour un nouveau corps comme nous rejetons un vêtement usé pour un revêtir un neuf. » (…)

La réincarnation des tulkous n’a rien qui puisse sembler étrange à des gens qui croient à un ego qui transmigre périodiquement. D’après cette croyance, chacun de nous est un tulkou. Le « moi » incarné en notre forme présente a existé dans le passé en d’autres formes. La seul particularité qu’offrent les tulkous, c’est qu’ils sont dits être les réincarnations de personnalités remarquables, qu’ils se souviennent, parfois, de leurs existences passées et qu’il leur est possible, en certains cas, de choisir et de faire connaître leurs futurs parents et l’endroit où ils renaîtront.

Néanmoins, certains lamas voient une différence considérable entre la réincarnation du commun des hommes et celle de ceux qui sont spirituellement éclairés.

Ceux disent-ils, qui n’ont pratiqué aucun entraînement mental, qui vivent comme les animaux, cédant inconsciemment à leurs impulsions, peuvent être assimilés à un homme errant à l’aventure, sans suivre aucune direction définie.

Par exemple, il entrevoit un lac à l’est et, étant altéré, le désir de boire le pousse à marcher vers celui-ci. Lorsqu’il s’en approche, il sent l’odeur de la fumée qui éveille en lui l’idée d’une maison ou d’un campement. Il serait agréable pense-t-il de boire du thé au lieu d’eau et d’avoir un abri pour la nuit. Il laisse donc le lac avant d’en avoir atteint le bord et, l’odeur venant du nord, il tourne ses pas dans cette direction. Comme il chemine, avant qu’il ait aperçu aucune maison, ou aucune tente, des fantômes menaçants surgissent devant lui. Terrifié, le vagabond fuit à toute vitesse vers le sud. Lorsqu’il juge être assez loin des monstres pour n’avoir plus rien à craindre d’eux, il s’arrête. Alors, d’autres chemineaux de son espèce viennent à passer. Ils vantent les charmes d’un quelconque pays (…). Et sur cette route encore, d’autres incidents le feront changer de direction avant même d’avoir entrevu le pays désiré. (..)
Ainsi, changeant continuellement de direction toute sa vie, ce fou n’atteindra jamais aucun but. La mort le prendra au cours de ses folles pérégrinations et les forces antagonistes, nées de son activité désordonnée, seront dispersées.

La somme d’énergie nécessaire pour déterminer la continuation d’un même courant n’ayant pas été produite, nul tulkou ne peut être formé.

Au contraire, l’homme éclairé est comparé à un voyageur qui sait clairement où il veut aller et est bien informé quant à la situation géographique de l’endroit qu’il a choisi comme but et des routes qui y conduisent. L’esprit entièrement fixé à sa tâche, aveugle et sourd aux mirages et aux tentations surgissant sur les côtés de son chemin, rien ne le détourne de sa voie. Cet homme canalise les forces engendrées par sa concentration de pensées et son activité physique. La mort peut dissoudre son corps sur la route, mais l’énergie psychique dont ce corps a été à la fois le créateur et l’instrument demeure cohérente. S’obstinant vers le même but, elle se pourvoit d’un nouvel instrument matériel, c’est-à-dire d’une nouvelle forme qui est un tulkou.

Ici nous rencontrons différentes vues. Certains lamas croient que l’énergie subtile après la mort de celui qui l’a engendrée — ou alimentée s’il est déjà un tulkou (..) — attire à elle et groupe des éléments sympathiques et devient ainsi le noyau d’un nouvel être.
D’autres disent que le faisceau des forces désincarnées s’unit à un être existant déjà, dont les dispositions physiques et mentales, acquises en des vies antérieures, permettent une union harmonieuse.

A. David Neel Mystiques et magiciens du Tibet

Jean Staune : Religion et science

La démarche de Jean Staune a pour but d’échapper à « la parcellisation du savoir », conséquence du réductionnisme qui règne dans notre société.

Cela l’a conduit à être diplômé en mathématiques, informatique, paléontologie, sciences politiques et management puis à fonder l’Université Interdisciplinaire de Paris.

Cela l’a conduit à être diplômé en mathématiques, informatique, paléontologie, sciences politiques et management puis à fonder l’Université Interdisciplinaire de Paris.

Cette démarche part de l’analyse objective de l’évolution de nos connaissances scientifiques pour en tirer des conclusions concernant des domaines aussi divers que le Management, l’histoire des sociétés, ou la Théologie. Penseur original dont le champ de compétences se situe au carrefour de la science, du management, de la philosophie et de la religion, Jean Staune est au centre de nombreux débats et polémiques concernant entre autres la nature de la science et les mécanismes de l’évolution.