Une question essentielle

Quelle convergence entre l’ascète yogi tibétain Milarepa et Madame Guyon, la grande mystique chrétienne ? entre Ramana Maharshi et le célèbre soufi Al-Hallâj ? Quel dénominateur commun à ces êtres hors de l’ordinaire qui, de façons apparemment tellement différentes, ont gravi les échelons menant à la réalisation ultime ? Ne s’agit-il pas d’une question de la plus haute importance ? s’interroger sur ce qu’est le cœur d’une pratique ?

Kabir : O Ami, garde l espoir de Lui

Kabir
O Ami, garde l’espoir de Lui pendant que tu vis,
connais pendant que tu vis,
comprends pendant que tu vis ;
car c’est dans la vie que réside la délivrance.
Si tes liens ne sont pas brisés pendant que tu vis,
quel espoir de délivrance dans la mort ?
Ce n’est qu’un rêve vide de croire
que l’âme connaîtra l’union avec Lui
parce qu’elle aura quitté le corps ;
S’Il est trouvé maintenant, Il est trouvé alors ;
Sinon, nous ne faisons qu’aller habiter la Cité de la Mort.

Kabir poète, philosophe et mystique

Edouard Salim Michael : L Attention et son importance

Son attention est le trésor le plus précieux que possède l’être humain. Il se peut que sa signification, sa force et son importance dans la vie n’apparaissent pas très évidentes, car elle est généralement utilisée d’une façon habituelle et instinctive et, par conséquent, considérée comme quelque chose allant de soi.(…)

Sur un plan supérieur, l’attention joue un rôle particulièrement essentiel dans les grandes créations artistiques et dans la découverte de vérités mathématiques et scientifiques. Dans les sphères encore plus élevées du monde spirituel et mystique, il est possible à certains moments, par une autre sorte d’attention — immensément plus consciente — d’avoir une connaissance directe et particulière du tout en même temps.

Il est primordial pour le chercheur de comprendre l’importance de son attention dans toutes ses luttes spirituelles, à la fois dans sa recherche de la réponse à l’énigme de son existence ainsi que dans le processus de sa transformation.
L’attention et son importance
La voie de la Vigilance Intérieure Chap 2

Swami Ramdas : Ram est la seule Réalité

Essayer de s’approcher de Ram et de Le comprendre, c’est se retirer du monde des formes évanescentes, car Ram est la seule réalité.

Ram est la puissance mystérieuse et subtile qui pénètre et soutient l’Univers tout entier. Il n’a ni naissance ni mort. Il est présent dans toutes choses et dans toutes créatures, qui n’apparaissent comme entités séparées que grâce à leurs formes toujours changeantes.

Se libérer de cette illusion des formes, c’est réaliser immédiatement l’Unité, l’Amour de Ram.

L’amour de Ram, c’est l’amour de tous les êtres, de toutes les créatures, de toute vie, de tout ce qui est en ce monde, car Ram est en tout, tout est en Lui, et Il est tout en tous.

Pour réaliser cette grande vérité, il faut nous soumettre, nous qui, par ignorance, croyons être des personnalités séparées, à la volonté et à l’action de cette puissance infinie, de cet amour infini qu’est Ram, l’Un qui pénètre tout.

Par une soumission entière à sa volonté, nous perdons cette conscience du corps qui nous retient éloignés de Lui, et nous nous trouvons dans un état d’union complète et d’identification avec Ram qui est en nous et tout autour de nous.

Dans cet état, la haine qui n’est que la conscience de la diversité prend fin,et l’amour qui est la conscience de l’unité est réalisé. Nous atteignons cet amour divin lorsque notre humilité est si complète que notre affirmation de personnalité séparée, notre égoïsme est complètement anéanti

.Swami Ramdas Carnet de pélerinage

Ian Stevenson : Ou croit on en la reincarnation ?

Les Occidentaux pensent en général que seuls les Asiatiques croient en la réincarnation, particulièrement dans les régions du sud-est, probablement parce que les doctrines hindoues et bouddhistes ancestrales ont été traduites et publiées par des missionnaires chrétiens (en versions simplifiées dont la fiabilité laisse souvent à désirer).

Beaucoup d’autres habitants de notre planète croient en la réincarnation : Les chiites musulmans d’Asie Occidentale, tous les habitants d’Afrique occidentale ou orientale qui n’ont pas été convertis à l’Islam ou au Christianisme y croient. Une importante minorité de Brésiliens, les Indiens d’Amérique du Nord, les habitants des îles Trobrians, les tribus d’Australie centrale, les Ainus au Nord du Japon, etc..

Schopenhauer a écrit : Si un Asiatique me demandait de lui donner une définition de l’Europe, je serais forcé de lui répondre : « C’est cette partie du monde qui est complètement dominée par l’illusion incroyable et scandaleuse selon laquelle l’homme est un être sorti du néant et dont la naissance est le début absolu. »

Depuis l’époque de Schopenhauer, la croyance en la réincarnation s’est diffusée en Occident. À part quelques exceptions, presque tout le monde croit à la réincarnation en dehors des orthodoxies du judaïsme, du christianisme, de l’Islam et de la science (cette dernière étant devenue une religion séculière pour beaucoup de gens !).

Qu’elle soit écrite ou orale, la transmission d’une génération à l’autre de la croyance en la réincarnation n’explique pas son point de départ, qui pourrait avoir eu lieu de plusieurs façons.

D’après Platon, Socrate parlait des connaissances accumulées d’une vie à l’autre comme d’une certitude absolue.

Des peuples n’ayant aucune tradition écrite ni de contact avec d’autres peuples croient néanmoins en la réincarnation, on peut en conclure que le concept a été acquis grâce à « ceux qui se rappellent » et le racontent, et ce, probablement dans toutes les parties du monde où la tradition existe.

Il existe autour de la croyance fondamentale une grande variété de traditions subsidiaires portant sur la question de savoir qui se réincarne, par quel processus, comment une cause produit des effets à retardements sur les vies successives, etc.

Extraits de l’ouvrage de Ian Stevenson : « Les enfants qui se souviennent de leurs vies antérieures. »

Rabindranath Tagore : J étais allé mendiant de porte en porte…

J’étais allé, mendiant de porte en porte, sur le chemin du village lorsque ton chariot d’or apparut au loin pareil à un rêve splendide et j’admirais quel était ce Roi de tous les rois !
Mes espoirs s’exaltèrent et je pensais : c’en est fini des mauvais jours, et déjà je me tenais prêt dans l’attente d’aumônes spontanées et de richesses éparpillées partout dans la poussière.


Le chariot s’arrêta là où je me tenais. Ton regard tomba sur moi et tu descendis avec un sourire. Je sentis que la chance de ma vie était enfin venue. Soudain, alors, tu tendis ta main droite et dis : « Qu’as-tu à me donner ? »
Ah ! quel jeu royal était-ce là de tendre la main au mendiant pour mendier ! J’étais confus et demeurai perplexe ; enfin, de ma besace, je tirai lentement un tout petit grain de blé et te le donnai.
Mais combien fut grande ma surprise lorsque, à la fin du jour, vidant à terre mon sac, je trouvai un tout petit grain d’or parmi le tas de pauvres grains. Je pleurai amèrement alors et pensai : « Que n’ai-je eu le cœur de te donner mon tout ! »
Rabindranath Tagore:L’offrande

Tierno Bokar Ecris le nom divin face a ta couche

« Ecris le nom divin face à ta couche de façon qu’il soit le matin, au réveil, la première chose qui s’offre à ta vue.

Au lever, prononce-le avec ferveur et conviction, comme le premier mot sortant de ta bouche et frappant ton oreille.

Le soir à ton coucher, une fois étendu, fixe-le comme le dernier objet entrevu avant de sombrer dans le sommeil.  »

Tierno Bokar (1875-1939) , Le sage de l’Islam, connut la calomnie et la persécution. Ses disciples furent traqués et emprisonnés. Et il dut affronter l’hostilité des siens.
Aux derniers jours de sa vie, il dira aux rares fidèles qui ne l’ont pas abandonné :

« Je vous recommande — et c’est en même temps la dernière prière que j’adresse individuellement et collectivement à tous ceux qui sont avec moi — de ne point maudire ni détester ceux qui m’ont attaqué et ont travaillé à me perdre. Ils n’ont été que les instruments d’une Sagesse et d’une force contre lesquelles je ne saurais m’élever sans blasphème. Où serait le mérite si ma vie s’était écoulée sans connaître d’ennemis ? »

Tierno Bokar (Terre et Ciel, entretiens de Théodore Monod Actes Sud p. 205),
Ce fut le naturaliste Théodore Monod qui l’un des premiers révéla la vie et l’enseignement de cet homme humble et extraordinaire.

Au début du XXe siècle, au cœur de l’Afrique, au Mali, la lumière de Dieu a brillé sur un homme : Tierno Bokar, que l’on appelait le Sage de Bandiagara. Cheikh de la confrérie soufie Tidjaniya, il fut une pure et haute figure non seulement de l’islam en Afrique noire, mais de la spiritualité universelle.

Ramana Maharshi: La contemplation

La contemplation est une bataille. Dès que vous commencez à méditer, les pensées vous envahissent et menacent d’engloutir celle qui fait l’objet de votre méditation. Cette dernière doit être renforcée par une pratique répétée. C’est un combat auquel on ne peut échapper. La paix intérieure naît de la contemplation, quand les pensées ont disparu.
Quand on en a pris l’habitude, on ne peut plus se passer de la méditation. Il faut en faire une habitude profondément enracinée ; elle doit devenir naturelle.
Il est nécessaire de pratiquer fréquemment et régulièrement la méditation jusqu’à ce que l’état obtenu se stabilise et se prolonge au cours de la journée. Méditez !
Tant que le Soi n’est pas totalement réalisé, la bataille intérieure fait rage
La grâce n’est dispensée qu’au disciple ou au yogi qui a fourni un effort constant.
– extraits de IMMORTELLE CONSCIENCE – Propos recueillis par Paul Brunton,
Ramana Maharshi

Theodore Monod : A force de vivre au jour le jour

« À force de vivre au jour le jour sans jamais avoir eu l’héroïsme de décider à partir de tel moment, je me consacrerai totalement, on arrive à la fin de sa vie sans avoir rien fait. »

Edouard Salim Michael : Le mental

»Si l’on veut connaître l’ennemi en soi, il suffit d’étudier le mental et le déroulement machinal de ses pensées. Un aspirant sincère ne pourra manquer de constater à quel point il est habité par toutes sortes de bavardages intérieurs futiles ou nuisibles, ainsi que par un interminable cortège de pensées sans valeur, négatives ou même destructrices, outre toutes les ruses que son mental peut élaborer pour le détourner de son but.
Il peut ainsi lui suggérer que ce voyage spirituel est trop difficile et trop ingrat, ou encore que, en raison de problèmes de santé ou d’un travail important qui l’attend, ce n’est pas la peine d’entreprendre ses pratiques spirituelles dans l’immédiat et qu’il est préférable de les remettre à plus tard, car le moment favorable n’est pas encore arrivé pour se lancer dans une telle aventure !
Le chercheur doit réaliser que l’heure propice ne viendra jamais ; il trouvera toujours de bonnes excuses pour reporter à plus tard l’effort qu’il doit fournir dans l’instant présent.  »

Paroles du Bouddha : Udana Sutta

Il existe, ô disciples, une sphère sans terre ni eau ni chaleur ni air, car elle est au delà du domaine de la matière . Ce n’est pas la sphère de l’espace infini ou de la pensée infinie, car elle est au delà du mental). Ce n’est pas une condition de néant ni l’état de ce monde ou d’un autre monde, ni soleil ni lune, c’est l’Incréé.
Cette condition, je l’appelle ni apparition ni disparition, ni naissance, ni mort. Elle est sans forme et sans changement. C’est l’Eternel qui jamais ne naît et jamais ne meurt. La trouver, c’est la fin de la souffrance.

Il y a, ô disciples, un non-né non-créé, non-formé et inconditionné. S’il n’y avait pas ce non-né, non-créé, non-formé et inconditionné, il n’y aurait pas transcendance du monde pour ce qui est né, créé, formé et conditionné.
Mais puisque, ô disciples, il y a le non-né, non-créé, non-formé et inconditionné, il peut y avoir transcendance pour ce qui est né, créé, formé, et conditionné.

Parole du Bouddha Udana Sutta