Une question essentielle

Quelle convergence entre l’ascète yogi tibétain Milarepa et Madame Guyon, la grande mystique chrétienne ? entre Ramana Maharshi et le célèbre soufi Al-Hallâj ? Quel dénominateur commun à ces êtres hors de l’ordinaire qui, de façons apparemment tellement différentes, ont gravi les échelons menant à la réalisation ultime ? Ne s’agit-il pas d’une question de la plus haute importance ? s’interroger sur ce qu’est le cœur d’une pratique ?

Lankavatarasutra : La Réalité est béatitude mystique où le langage n’a nul accès

Les mots dépourvus de substance ne font qu’égarer les ignorants. Ce qu’ils expriment n’est pas la Réalité Suprême, car la Réalité est béatitude mystique où le langage n’a nul accès. Pour l’atteindre, il faut parvenir à l’intériorité grâce à la connaissance mystique, et ce n’est pas du domaine de l’intelligence différenciatrice propre à la parole.

On appelle Éveil la connaissance (sapience) de caractère réel, qui correspond au samadhi du vide, et par laquelle sont connues l’Ainsité, l’Essencéité, l’Ultime Réalité ; c’est cette sapience de Réalité qui est dite Éveil

Cette bouddhéité est inconcevable, éternelle, bienheureuse, paisible, omnipénétrante comme l’espace, sans différenciation ni attachement, cette bouddhéité immaculée est suprême.

Comme la pure conscience devient le principe de toute évolution quand elle est à la racine de la conscience conditionnée qui pose le moi, l’ignorant ne peut comprendre ce qu’elle est ; même un boddhisattva ne la comprend pas intégralement ; seul un Tathagata (Bouddha) sait de quelle manière l’Ainsité devient impure, conditionnée. Lui seul peut saisir l’insondable mystère d’une conscience immuable et pure apparaissant souillée et s’identifiant à l’expérience temporelle qu’elle engendre, lui seul sait comment l’absolu n’étant plus reconnu, l’ignorance surgit.

Prajnaparamita : La parfaite sagesse est-elle au delà de la pensée ?

Subhuti demanda :

– La parfaite sagesse est-elle au delà de la pensée ? Est-elle inconcevable et totalement unique en son genre, capable pourtant de toucher à l’intangible et d’atteindre l’inaccessible ?

Le Bouddha répondit :

– Oui, Subhuti, c’est tout à fait cela. Et pourquoi la parfaite sagesse est-elle au delà de la pensée ? Parce qu’aucun de ses points de référence ne peut être pensé, mais l’esprit peut les percevoir. L’un d’eux est la disparition dans la pure présence de la conscience de soi. Un autre est le simple éveil à la réalité. Un autre, la connaissance de l’essence dénuée d’essence de toutes choses au monde. Et un autre encore, la connaissance lumineuse qui connaît sans connaisseur. Aucun de ces points ne peut alimenter la pensée ordinaire, car ils ne sont ni objets ni sujets. Aucun des modes de la pensée ordinaire ne peut les imaginer, ni les toucher, ni les approcher en aucune manière, c’est pourquoi ils sont au delà de la pensée.

Prajnaparamita

Simone Weil : Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’amour de Dieu

« S’il y a vraiment désir, si l’objet du désir est vraiment la lumière, le désir de lumière produit la lumière.

Il y a vraiment désir quand il y a effort d’attention. C’est vraiment la lumière qui est désirée si tout autre mobile est absent.

Quand même les efforts d’attention resteraient en apparence stériles pendant des années, un jour une lumière exactement proportionnelle à ces efforts inondera l’âme. Chaque effort ajoute un peu d’or à un trésor que rien au monde ne peut ravir. »

Simone Weil  Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’amour de Dieu p. 193

L’art de la Musique

Robert Schumann :  La musique nous aide à descendre en nous-même, à y découvrir la divinité que nous cherchons en vain dans la vie et dont nous avons une soif inaltérable.

Ramana Maharshi & Maitre Eckart & Salim Michael : le But d’une pratique Spirituelle

Au milieu de la caverne du cœur,
en forme de Moi, en forme de Soi,
unique et solitaire,
tout droit de soi à soi,
le Brahman resplendit !
Pénètre toi-même en ce dedans,
Ta pensée perçant jusqu’en sa Source,
Ton esprit plongé en soi,
Souffle et sens au tréfonds recueillis,
Tout de toi en toi fixé,
Et là, simplement, SOIS !
Ramana Maharshi

Dieu n’attend de toi qu’une chose, c’est que tu sortes de toi-même, pour autant que tu es un être créé, et que tu permettes à Dieu d’être Dieu en toi.
Maître Eckhart

Le bouddhisme ne cesse d’insister sur l’importance essentielle de l’illumination.

En effet, ce n’est que lorsqu’un être humain se consacre au Précieux Dharma et parvient, de son vivant, à découvrir et à reconnaître, suite à une pratique sérieuse de la méditation, sa Véritable Nature, qui est Divine, que son incarnation peut avoir un sens pour lui ; sinon, sa vie se sera, à son insu, déroulée uniquement par réaction machinale à tout ce qui s’infiltre en lui et l’atteint de l’extérieur — une réaction machinale qui l’appauvrit et, ce qui est terrible, l’empêche d’Être, le rendant, d’une certaine façon, non existant .

Edouard Salim Michael Dans le Silence de l’insondable chap 6

Edouard Salim Michael : La véritable mort

Chaque être humain subit à sa naissance dans le monde sensoriel le drame de se trouver à son insu plongé par le Temps dans un bien curieux sommeil diurne.

A partir de cet instant fatidique, il ne cesse de dormir au sein du temps sans jamais savoir ce qui lui est arrivé ; or, même si, par chance, il parvient à prendre conscience de la gravité de sa situation et entreprend de fournir les efforts requis pour s’éveiller de ce mystérieux état dans lequel il est enseveli, il ne peut rassembler en lui la force nécessaire pour pouvoir rester éveillé.
Depuis son état d’être coutumier, l’être humain  ne peut concevoir ce qui est réellement impliqué pour lui dans le fait de dormir en lui-même — un bien étrange phénomène dont les conséquences sont difficiles, voire impossibles à saisir au premier abord.

En réalité, ce sommeil diurne qui l’emporte presqu’aussitôt incarné sur Terre constitue, sans qu’il ne le réalise ordinairement, la véritable mort. L’être humain passe son existence dans un état qu’on ne peut qualifier que de mort-vivant — un curieux état de torpeur psychique qui s’empare de lui et s’interpose continuellement entre lui et l’Aspect Divin de sa double nature au travers duquel seul il lui serait possible d’appréhender sa situation dans le monde et de commencer à agir d’une manière juste dans la vie.

Edouard Salim Michael Les fruits du chemin de l’Eveil

Une vie humaine précieuse

Chaque jour, pensez à votre réveil :

Aujourd’hui j’ai de la chance de me réveiller

Je suis vivant,

J’ai une vie humaine précieuse,

Je ne vais pas la gaspiller,

Je vais utiliser toutes mes énergies pour me développer,

Pour ouvrir mon cœur aux autres,

Pour atteindre l’éveil pour le bénéfice de tous les êtres vivants.

Je vais avoir des pensées aimantes pour les autres,

Je ne vais pas me mettre en colère ou penser mal aux autres

Autant que je peux.

(14e Dalaï Lama)

Avagosha : Celui qui perd l’attention perd l’immortalité

Ne reviens pas aux choses du passé,
Et pour l’avenir, ne nourris pas d’espérances chères :
Le passé, tu l’as laissé derrière toi,
Quant à l’avenir, il n’est pas encore venu.
Mais celui qui, avec une vision claire, peut voir
Le présent qui est ici et maintenant,
Un tel sage doit aspirer à gagner
Ce qui jamais ne peut être ni perdu ni ébranlé.
(Majima Nikaya)

Celui qui perd l’attention perd l’immortalité (Nibbana).

Mais celui qui possède l’attention concernant le corps, tient l’immortalité dans ses mains.
Avagosha (Saraundaranda-kavya)

Unité dans la dualité

La vie n’est pas confinée dans les êtres et les créatures qui paraissent animés.

La vie est un principe dynamique qui imprègne toutes les choses qui tiennent une place dans l’espace illimité. Nul monde visible ne pourrait exister sans le pouvoir de ce principe ou esprit extrêmement subtil et actif. En fait, le mouvement lui-même signifie forme et manifestation.

De même que le moindre mouvement sur l’eau tranquille d’un lac se traduit par d’innombrables rides à sa surface, ainsi les mondes avec tous les êtres et toutes les choses qu’ils englobent sont les formes de l’unique Esprit en mouvement.
Cette vie est une, l’énergie qui l’anime est une, quelque variées que soient les voies de sa révélation. La totalité de ce qui existe est l’unique Réalité, absolue, étemelle et infinie. Une seule substance, une seule essence, telle est la vérité de l’univers. Ce qui paraît comme étant multiplicité n’est que la variation d’un seul principe originel. Tout ce qui, dans le monde, est dit ne fait qu’exprimer l’unique et éternelle Vie. L’être humain, composé d’un corps, d’un mental, d’un intellect et d’une âme, est en réalité cette vie tout entière « Tout est Brahman ! ». Telles sont les paroles des sages qui ont compris cette unité de la Vie.

Swami Ramdas Présence de Ram p. 145