Une question essentielle

Quelle convergence entre l’ascète yogi tibétain Milarepa et Madame Guyon, la grande mystique chrétienne ? entre Ramana Maharshi et le célèbre soufi Al-Hallâj ? Quel dénominateur commun à ces êtres hors de l’ordinaire qui, de façons apparemment tellement différentes, ont gravi les échelons menant à la réalisation ultime ? Ne s’agit-il pas d’une question de la plus haute importance ? s’interroger sur ce qu’est le cœur d’une pratique ?

Jean Staune « Science et sens » Rencontre entre les connaissances les plus récentes et des intuitions

C’est une caractéristique fondamentale de la condition humaine que de s’interroger sur le pourquoi des choses qui nous entourent et sur notre propre destinée.

« La crainte devant les mystères du Cosmos et les manifestations impressionnantes de la Nature et la peur, plus obsédante, de la mort, sont les compagnes inséparables des humains, et aucun bonheur véritable n’est possible aussi longtemps que leurs ombres se projettent sur notre existence. Il faut donc se délivrer de ces craintes. ‘’ Bernard Pullman

Tout ce qui existe est issu des interactions des constituants fondamentaux de l’Univers, qui au cours de milliards d’années se sont lentement agrégés les uns aux autres sous l’influence des lois physico-chimiques connues ou de lois que l’on découvrira bientôt. Certes ce qu’il y a à découvrir encore est certainement immense, mais l’essentiel est acquis : la cause de tout ce qui existe dans notre Univers provient de notre Univers.

 Comment pourrait-il en être autrement ? De quel autre endroit pourrait-elle provenir ? « Circulez, il n’y a rien (d’autre) à voir !  » nous dit la « science classique », rien d’autre que cet Univers, que ce niveau de réalité où nous vivons, immergés dans le temps, l’espace et la matière. Comment aller plus loin ? Comment dépasser cette vision qui, aussi riche soit-elle, « clôture » notre réel, le rendant justement indépassable. Nous sommes donc bien arrivés à une fin dans cette grande quête de la compréhension de la condition humaine que l’homme poursuit des grottes du Pléistocène aux scientifiques du XXème siècle en passant par les penseurs grecs.

Physique quantique

Einstein montra que la lumière, qui était composée d’ondes, comme l’avait démontré Young était aussi composée de particules de masse nulle, les photons.

Le principe d’incertitude d’Heisenberg en démontrant qu’on ne peut à la fois connaître la position et la vitesse d’une particule porte un coup fatal au déterminisme classique. Louis de Broglie en découvrant que, comme la lumière, la matière aussi a une nature double, ondulatoire et corpusculaire, se livre à une véritable « dématérialisation de la matière ».

 Tous les composants fondamentaux de la matière se comportent tantôt comme des objets matériels ponctuels, tantôt comme des ondes pouvant emprunter deux trajets différents à la fois.

C’est pourquoi Heisenberg dira que les particules élémentaires sont moins réelles que des choses mais plus que l’idée d’une chose. Il s’agit pourtant des bases de tout ce qui nous entoure.

Mais la révolution quantique ne s’arrête pas là. En 1935 Einstein et deux de ses collaborateurs Podolsky et Rosen, montrent que si l’on suit jusqu’au bout les prédictions de la mécanique quantique il existe des situations où deux particules sont « non-séparables », où tout ce qui arrive à l’une se répercute instantanément sur l’autre, quelque soit la distance qui les séparent.

Ce qu’Einstein, contrairement à Niels Bohr, croyait impossible à cause du caractère fini de la vitesse de la lumière. Mais à partir des années 70, et surtout avec l’expérience d’Alain Aspect en 1983, les évidences s’accumulèrent. Aujourd’hui personne ne met en doute l’existence de ce lien mystérieux entre deux particules qui semble transcender le temps et l’espace.

 Ce concept du réel « lointain » ou « voilé » fait référence au fait que l’existence d’au moins un (et peut-être de plusieurs) autre niveau de réalité est nécessaire pour expliquer la réalité où nous vivons.

 L’astrophysique en posant ouvertement la question (même si elle ne fournit pas la réponse !) de l’existence d’un créateur va encore plus loin comme le montre les propos de Freeman Dyson « Je ne me sens pas étranger à l’univers, plus je l’examine et étudie en détail son architecture, plus je découvre de preuves qu’il attendait sans doute notre venue»

ou ceux de Trinh Xuan Thuan commentant le dilemme dans lequel nous laisse le principe anthropique (univers unique avec un créateur ou infinité d’univers parallèles où règne le hasard) : « Je rejette l’hypothèse du hasard parce qu’en dehors du non-sens et de la désespérance qu’elle entraîne, je ne puis concevoir que l’harmonie, la symétrie, l’unité, la beauté que nous percevons dans le monde, des contours délicats d’une fleur à l’architecture majestueuse des galaxies, mais aussi de manière beaucoup plus subtile et élégante, dans les lois de la nature, soient le fait du hasard.

Si nous acceptons l’hypothèse d’un seul univers, le nôtre, nous devons postuler l’existence d’une cause première qui a réglé d’emblée les lois physiques et les conditions initiales pour que l’univers prenne conscience de lui-même.

La science ne pourra jamais distinguer entre ces deux possibilités : l’univers unique avec un créateur ou une infinité d’univers sans créateur. Jamais elle ne pourra aller au bout du chemin. Le résultat magique de Gödel nous a montré les limites de la raison. Il nous faut donc faire appel à d’autres mode de connaissance comme l’intuition mystique ou religieuse, informée et éclairée par les découvertes de la science moderne. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : l’univers ne nous est plus distant, étranger, mais intime et familier. »

 Car, quelle que soit sa religion, qu’attend un spiritualiste des progrès de la connaissance ?

 Certainement pas que la Science lui démontre l’existence de Dieu, ou d’un principe créateur !

Car si celui-ci existe, il est clair, en regardant le monde qui nous entoure, que celui-ci respecte notre liberté de ne pas croire en lui.

Par contre, il s’attend à ce que la science montre que le monde où nous sommes n’est pas ontologiquement suffisant, ne se suffit pas à lui-même. Que d’autres niveaux de réalité existent, que le temps et l’espace ne sont plus des absolus et que donc une « sortie », hors du temps et de l’espace est possible. Que la question du créateur se pose au cœur même de la science et n’est pas laissée aux seuls philosophes.

Il espérera aussi détecter des indices dans les sciences biologiques selon lesquelles l’apparition et l’évolution de la vie ne sont pas dû pur hasard. Il prévoira que l’homme possède une dimension plus vaste que s’il était purement neuronal, il postulera que l’univers où nous sommes n’est pas soumis à un déterminisme aveugle, que le libre arbitre y a sa place. Peut-être même pensera-t-il trouver un signe montrant que la Vérité est un concept transcendant, que certaines notions ne sont pas des inventions humaines mais nous pré-existent.

Or nous venons de voir qu’il peut trouver tout cela dans l’évolution actuelle des connaissances ! Le concept peut-être le plus important pour le croyant, c’est cette incomplétude, qui n’a rien à voir avec celle qui justifiait l’existence d’un « Dieu bouche-trou » à l’époque pré-scientifique (on ne comprend pas ce phénomène donc il doit être dû à l’action de Dieu), ce que les anglo-saxons appellent « The God of the Gaps » Non, aujourd’hui c’est exactement l’inverse : on sait très bien pourquoi on ne saura jamais certaines choses : pourquoi on ne connaîtra jamais la vitesse et la position d’une particule au même moment, pourquoi on ne bâtira jamais un système logique complet et cohérent, pourquoi on ne pourra jamais prédire le temps qu’il fera dans un mois etc

Non, il n’est pas absurde de penser que l’univers a été créé pour que s’y déroule un vaste projet.

Oui, il est possible que l’émergence d’une conscience capable d’appréhender l’Univers, d’apprécier sa beauté et de rechercher son sens ait été attendue depuis le Big Bang.

Oui on peut penser que les intuitions majeures que l’on retrouve derrière les grandes traditions humaines ne sont pas des illusions et que les grandes révélations véhiculées par certaines d’entre elles ne sont pas d’origine humaine.

Richard Dawkins insiste souvent sur le fait qu’on ne pouvait être un « athée intellectuellement comblé » qu’après la publication de « l’origine des espèces » par Darwin en 1859. Car auparavant il manquait une pièce au puzzle : une théorie expliquant par des causes purement naturelles l’origine des êtres vivants.

Grâce à l’extraordinaire retournement de situation que nous avons décrit, il est maintenant possible d’être un  «croyant intellectuellement comblé ». Non, la foi en une religion n’est pas un concept absurde et pré-scientifique.

Jean Staune « Science et sens » – Rencontre entre les connaissances les plus récentes et des intuitions millénaires.


Henri Le Saux, Swamiji, un voyage intérieur en route vers le silence des Origines

Entre Christianisme et Hindouisme : l’Expérience intérieure

Edouard Salim Michael : Une connaissance sans mot

Dans cette quête sacrée, l’aspirant a besoin de développer une certaine attitude de “questionnement” intérieur continuel, sans le formuler en mots, de façon à permettre à son intuition de lui dévoiler, par des éclairs de compréhension subtile, la réponse aux mystères les plus élevés de l’Univers et à l’énigme de sa propre existence.

Ces éclairs de compréhension intuitive et de connaissance sans mots n’ont rien à voir avec la pensée ordinaire et la formulation humaine limitée.

On ne peut que s’incliner en un respect révérentiel et émerveillé quand cette intuition supérieure dévoile d’une façon inattendue ses révélations hors du commun dans son mystérieux langage silencieux.

La Voie de la Vigilance Interieure Chp 30

Jean Pierre Schneztler : De la mort à la vie

Quand A devient-il B ?

Le Canon bouddhique tient que l’être intermédiaire, la conscience de renaissance s’incarne au moment de la conception. La plupart des cas observés confirment ou ne s’opposent pas à cette conception. Toutefois d’autres possibilités semblent se rencontrer.

Déjà dans l’antiquité grecque, on discutait pour savoir si l ‘âme s’incorporait à la conception ou lors de la naissance ; pour les Druses du Liban, le décédé s’attache au nouvel être au moment de la naissance seulement.

Stevenson a observé dix cas dont les dates vérifiées « font supposer que le décédé a bien pris possession d’un corps déjà vivant. Il en a publié deux cas seulement. Celui de Chaokhun Rajuthajarn décédé un jour après la naissance de l’enfant de sa soeur à laquelle il apparut après l’accouchement et dont il se retrouva le fils. L’intérêt se renforce du fait qu’il est devenu un très respectable abbé d’un monastère thérava en Thaïlande et a autorisé la publication de son histoire bien qu’en apparence, elle contrevienne aux textes canoniques. Il existe aussi des cas où, si l’on en croit les dates, l’habitation du foetus s’est faite au cours de la grossesse à des dates variables…/

 Dans les phénomènes du type réincarnation, la nouvelle personnalité s’installe définitivement et sans concurrence, quelle que soit la période de la grossesse ou de la petite enfance où elle débute. Dans les phénomènes du type possession, qui surviennent plus tard et jusqu’à l’âge adulte, la survenue de la nouvelle personnalité est partielle ou de courte durée…./

 Il semble, si l’on en croit Stevenson, que tous les cas intermédiaires existent entre la possession typique, temporaire et partielle, et la réincarnation, complète et permanente, survenant dès la conception. De même qu’existent tous les intermédiaires quant aux dates de la vie embryonnaire ou post-natale à laquelle s’effectue l’habitation du nouveau corps…/

 Tout ceci peut paraitre fantastique à l’Occidental moyen, car même s’il accepte l’idée d’un psychisme relativement indépendant du corps, il lui attribue une fonction privilégiée, sans doute issue du concept de l’âme regardée comme irremplaçable et unique. Les conceptions orientales pluralistes sont plus à l’aise sur ce point pour rendre compte des phénomènes.

 Jean Pierre Schneztler De  la mort à la vie

Maitre Eckhart : La lumière de Dieu


Tout ce que l’entendement peut comprendre, tous ce que nos désirs peuvent désirer, ce n’est pas Dieu. Mais là où finissent l’entendement et les désirs, où les ténèbres se font, commence la lumière de Dieu.

Bardo Thodol, Le Livre des Morts Tibétain : Commentaires par Salim Michael

Le Livre des Morts Tibétain comporte un passage des plus intéressants faisant justement référence à  l’état qui est la Source Originelle d’où l’on a surgi et dans lequel on doit se tenir si l’on espère être en mesure d’affronter victorieusement le moment dramatique de la mort qui attend tout être incarné :

« … le temps est à présent venu pour toi de chercher le Sentier. Ton souffle est sur le point de cesser. Dans le passé, ton Guru t’a placé face à face avec la Claire Lumière. Et maintenant, tu es sur le point de l’expérimenter dans sa Réalité dans l’état du Bardo ; dans cet état du Bardo, toutes choses sont comme le ciel sans nuages et l’intellect immaculé et nu est pareil à une vacuité translucide sans circonférence ni centre. À ce moment, connais-toi toi-même et demeure dans cet état. »

Lorsque le texte incite le mourant à « chercher le Sentier », n’est-il pas en fait en train de lui rappeler de retrouver le chemin qui mène à ce qui doit être le plus important pour lui, son But ?

Puis, lorsqu’il parle de « la Claire Lumière », n’est-il pas en train d’évoquer la Source Originelle d’où l’être humain a surgi, la Source Énigmatique dont il a pu avoir un aperçu par le travail spirituel accompli sur lui-même et qu’il va « expérimenter dans sa Réalité », dans l’état où il va se trouver soudainement plongé après son départ de ce monde ?

Cet état est décrit comme « une vacuité translucide » qu’il est extrêmement difficile d’appréhender ordinairement, car, pour quelqu’un qui n’a effectué aucune pratique sérieuse de méditation, il est synonyme de néant, tandis que celui qui a atteint un degré d’illumination suffisamment élevé et l’a éprouvé le reconnaît comme étant sa Véritable Nature, son Essence Primordiale, sa Nature-de-Bouddha. Autrement dit, cette Vacuité qui est ténèbres et mort pour l’ignorant est Clarté et Vie pour l’illuminé ! Et, ce qui est capital, c’est qu’à la fin, le texte exhorte le mourant par ces mots : « À ce moment, connais-toi toi-même », en d’autres termes, connais ta Vraie Nature qui est la Source d’où tu as surgi, et « demeure dans cet état », l’état dans lequel tu seras réabsorbé en quittant cette existence.

Il y a là un parallèle incontestable avec les paroles du Christ à ses disciples dans l’Evangile selon Thomas : « Heureux celui qui se tiendra dans le commencement »c’est-à-dire qui restera dans l’état d’où il a surgi, « et il connaîtra la fin », autrement dit, il connaîtra l’état dans lequel il se trouvera après avoir abandonné son corps planétaire, « et il ne goûtera pas de la mort » — à condition que, comme le Livre des Morts Tibétain le stipule également, il puisse demeurer dans cet état.

Mais, si quelqu’un n’a pas consacré sa vie à chercher à se connaître (autrement dit à connaître qui il est réellement), s’il n’est pas, suite à une intense pratique de méditation, parvenu à découvrir et à comprendre ce que le Christ appelle « le commencement », en d’autres termes, la Source Originelle d’où il a émergé, et si, en outre, il n’a pas lutté, toute sa vie durant si nécessaire, pour pouvoir y rester relié, il n’acceptera pas d’être absorbé dans ce qui lui paraîtra être un vide effrayant, mais qui est en fait une vacuité emplie d’une Immense Étendue d’Êtreté-Conscience d’une Perfection Absolue, impossible à appréhender depuis le niveau de conscience ordinaire dans lequel les gens passent leur vie.

Edouard Salim Michael

S.S. le Dalaï Lama : Qu’est-ce qui vous surprend le plus dans l’humanité

On a demandé au Dalaï Lama :

– “Qu’est-ce qui vous surprend le plus dans l’humanité ?”

il a répondu : “Les hommes… Parce qu’ils perdent la santé pour accumuler de l’argent, ensuite ils perdent de l’argent pour retrouver la santé.

“Et à penser anxieusement au futur, ils oublient le présent de telle sorte qu’ils finissent par ne plus vivre ni le présent ni le futur.

“Ils vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir…

“Et meurent comme s’ils n’avaient jamais vécu.”

Kalu Rinpoché – Notre vie est comme un sablier

Au regard de l’impermanence, ce n’est jamais une erreur que de renoncer à quelque chose d’extérieur pour se consacrer pleinement et profondément à la pratique.

Notre vie est comme un sablier qui ne s’arrête jamais… Chaque instant suit l’autre sans répit. D’instant en instant, la vie s’épuise : nous sommes bébés, puis adultes, puis vieux et morts, chaque instant suit l’autre sans répit, Notre vie est comme une bulle d’eau ou une chandelle ; l’impermanence et la mort sont comme le vent !

Prenant conscience que cela arrivera à chacun de nous, ne devrions-nous pas dès maintenant nous appliquer à pratiquer le Dharma?

Ce précieux corps humain que nous avons maintenant sait communiquer, peut comprendre les enseignements, est doté de toutes les facultés, et a rencontré le dharma. Si nous le gaspillons, non seulement nous aurons à endurer encore longtemps la souffrance régnant dans le samsara, mais nous n’aurons plus ultérieurement la possibilité d’en retrouver un semblable.

C’est pourquoi il nous faut prendre la ferme résolution de bien l’utiliser, en pratiquant le Dharma avec énergie pendant le temps qu’il nous reste en cette vie, bref instant lumineux semblable à celui pendant lequel le soleil perce à travers les nuages.

Kalu Rinpoché, La voie du Bouddha

Edouard Salim Michael : L’ego, l’obstacle principal

Sans jamais en avoir conscience, chacun a une image de lui-même à laquelle il (ou elle) ne veut pas renoncer et qui lui ferme la porte à son évolution à un autre plan d’être. Cette image que l’on a de soi-même est étroitement liée à de l’amour-propre (qu’on appelle en anglais « self-esteem »). Si jamais on blesse cet amour-propre, ce « self-esteem », alors la personne passe son temps à lêcher sa blessure, comme un chien — en d’autres termes, à ruminer la blessure que son ego a reçue. Dans son aveuglement, il ou elle ne peut pas voir l’auto-considération qui l’habite et qui ne permet aucune pratique spirituelle.
Ainsi, si je demande à l’un d’entre vous s’il accepterait que, par magie, il devienne son voisin ou sa voisine, qu’il prenne son visage, son corps et sa psyché, quelle sera sa réponse ? Même si on est tout à fait insatisfait de soi-même, on ne changerait pourtant avec personne d’autre. Sans le réaliser, on est amoureux de soi-même. Il s’agit là d’un problème propre à tous les êtres humains sans exception.
Le symptôme très significatif de cet amour propre, c’est de vouloir être “ spécial”. Dans l’Hindouisme, il est dit qu’il faut devenir “selfless”, sans ego. On veut se libérer, mais se libérer de quoi ? C’est de soi-même tel que l’on est habituellement qu’il faut se libérer ; c’est seulement ainsi que l’on peut trouver l’Absolu qui nous habite. L’idée, consciente ou inconsciente, que l’on est quelqu’un de spécial doit être détruite si l’on veut pouvoir entrer un jour dans un lieu Sanctifié en soi-même.

Edouard Salim Michael Du Fonds des brumes

Hubert Reeves : Poussieres d’étoiles

Reconnaissons que nous sommes amenés ici à une vision du monde bien étonnante. Un univers qui prend conscience de lui-même.
Il nous a suffi de juxtaposer les enseignements des sciences.
La biologie nous apprend que l’humain est le produit d’une longue évolution animale à partir de la cellule.
La biochimie rend très vraisemblable l’idée que la cellule est le fruit d’une chaîne de réactions chimiques à partir de quelques molécules simples.
L’astrophysique nous montre comment ces molécules se sont formées dans l’espace à partir de noyaux atomiques engendrés dans les creusets stellaires. Elle nous amène aussi à l’image d’une explosion initiale à l’échelle de tout l’univers dans laquelle les quarks sont combinés en protons et neutrons, ensuite soudés en noyaux au sein des étoiles.

C’est Pascal qui serait étonné d’apprendre à quel point ces «espaces infinis» le concernent!

À la phrase de Claude Lévi-Strauss, « L’univers est né sans l’humain et mourra sans l’humain », je préfère celle du physicien Freeman Dyson : «L’univers savait, quelque part, que l’humain allait venir ».

Hubert Reeves Poussières d’étoiles