Socrate : l’âme qui se recueille en elle-même va vers ce qui est invisible, divin, immortel

Extrait du dernier entretien que Socrate eut avec ses disciples au sujet de l’âme, avant de boire la cigüe. (le texte de Platon est intitulé du nom de l’un des disciples présents « Phédon ») – le terme « philosophie » doit être pris ici comme recherche de la sagesse, autrement dit une recherche spirituelle.

socrate

« Si, en quittant le corps, l’âme est pure et n’entraîne rien du corps avec elle, parce que pendant la vie elle n’avait avec lui aucune communication volontaire et qu’au contraire elle le fuyait et se recueillait en elle-même, par un continuel exercice ; et l’âme qui s’exerce ainsi ne fait pas autre chose que philosopher au vrai sens du mot et s’entraîner réellement à mourir aisément, ou bien crois-tu que ce ne soit pas s’entraîner à la mort ?

— C’est exactement cela.

— Si donc elle est en cet état, l’âme s’en va vers ce qui est semblable à elle, vers ce qui est invisible, divin, immortel et sage, et quand elle y est arrivée, elle est heureuse, délivrée de l’erreur, de la folie, des craintes, des amours sauvages et de tous les autres maux de l’humanité…() Est-ce là ce que nous devons croire, Cébès ?

— C’est cela, par Zeus, dit Cébès.

— Mais si, je suppose, l’âme est souillée et impure en quittant le corps, parce qu’elle était toujours avec lui, prenait soin de lui, l’aimait, se laissait charmer par lui, par ses désirs, au point de croire qu’il n’y a rien de vrai que ce qui est corporel, ce qu’on peut toucher, voir, boire, manger, employer aux plaisirs de l’amour, et si elle est habituée à haïr, à craindre et à éviter ce qui est obscur et invisible aux yeux, mais intelligible et saisissable à la philosophie, crois-tu qu’une âme en cet état sera seule en elle-même et sans mélange, quand elle quittera le corps ?

— Pas du tout, dit-il.

— Je crois au contraire qu’elle sera toute pénétrée d’éléments corporels, qui ont crû avec elle par suite de son commerce et de sa communion avec le corps, dont elle ne se sépare jamais et dont elle prend grand soin.

— Cela est certain.

— Mais ces éléments, mon ami, tu dois bien penser qu’ils sont lourds, pesants, terreux et visibles. L’âme où ils se trouvent est alourdie et tirée en arrière vers le monde visible, par la crainte de l’invisible et, comme on dit, de l’Hadès…()

Et alors, ces âmes sont, comme il est naturel, emprisonnées dans les natures qui correspondent à la conduite qu’elles ont eue pendant la vie…()

Voilà pourquoi Cébès ceux qui ont quelque souci de leur âme et ne vivent pas dans le culte de leur corps tournent le dos à tous ces gens-là et ne tiennent pas le même chemin, parce que ces gens ne savent pas où ils vont ; mais persuadés eux-mêmes qu’il ne faut rien faire qui soit contraire à la philosophie, ni à l’affranchissement et à la purification qu’elle opère, ils prennent le chemin qu’elle leur indique et le suivent.

— Comment Socrate ?

— Je vais te le dire répartit Socrate. Les amis de la science dit-il savent que, quand la philosophie a pris la direction de leur âme, elle était véritablement enchaînée et soudée à leur corps et forcée de considérer les réalités au travers des corps comme au travers des barreaux d’un cachot, au lieu de le faire seule et par elle-même, et qu’elle se vautrait dans une ignorance absolue.

Et ce qu’il y a de terrible dans cet emprisonnement, la philosophie l’a fort bien vu, c’est qu’il est l’oeuvre du désir, en sorte que c’est le prisonnier lui-même qui contribue le plus à serrer ses liens…

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Prajanaparamita : La compassion pour les êtres

Prajna - Heart SutraSubhuti, comment quelqu’un ressent-il pour la première fois le besoin de sauver les êtres ?

Une telle personne prend conscience de cette sorte de vision profonde et sage qui lui montre les êtres comme étant en route pour se détruire eux-mêmes. Une grande compassion la saisit, elle promène ses regards sur le monde et ce qu’elle voit la remplit de tristesse. Ils sont si nombreux à porter le poids d’actes qui amèneront dans leur sillage leur punition ! D’autres sont nés dans des circonstances malheureuses dans lesquelles ils ne savent rien de la vérité; d’autres encore sont condamnés à être tués dans des guerres, ou bien à être enveloppés d’un filet de vues fausses, ou encore à échouer à trouver le chemin ; il y a aussi ceux qui ont bénéficié d’une naissance favorable et ont commencé à trouver la liberté, mais l’ont reperdue.

Une telle personne se met à rayonner d’une grande amitié et de compassion pour tous ces êtres et leur donne son attention, pensant : “J’aimerais les délivrer de toutes leurs souffrances”. Mais elle ne fait pas de ce désir un attachement, car jamais elle ne se détourne de l’éveil complet. Elle sait que ce n’est qu’appuyés sur la sagesse parfaite que ses pensées porteront du fruit. Ce n’est que du royaume de la parfaite sagesse qu’elle peut montrer la voie, répandre la lumière dans l’obscurité, libérer autrui et purifier les organes de vision de tous les êtres.

Prajanaparamita.

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Simone Weil- La prière est faite d’attention-


« La prière est faite d’attention. C’est l’orientation vers Dieu de toute l’attention dont l’âme est capable. La qualité de l’attention est pour beaucoup dans la qualité de la prière. La chaleur du coeur ne peut pas y suppléer.
(Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’amour de Dieu )

Seule la partie la plus haute de l’attention entre en contact avec Dieu, quand la prière est assez intense et pure pour qu’un tel contact s’établisse ; mais toute l’attention est tournée vers Dieu. (…)

Bien qu’aujourd’hui on semble l’ignorer, la formation de la faculté d’attention est le but véritable et presque l’unique intérêt des études. »

« L’attention, à son plus haut degré, est la même chose que la prière. Elle suppose la foi et l’amour. Il s’y trouve lié une autre liberté que celle du choix. A savoir la grâce. »
(La Pesanteur et la Grâce)


Simone Weil

Dans toute pratique spirituelle sérieuse, c’est l’attention du chercheur qui est, par excellence, le lien entre le Sublime et lui-même. Ce à quoi il accepte — consciemment ou non — de prêter son attention tout au long de son existence terrestre, ainsi que l’intensité avec laquelle cette attention est utilisée jouent un rôle prépondérant, non seulement en déterminant la direction que prendra sa vie, mais également en façonnant son être en ce qu’il va devenir.

On ne peut échapper à ce que l’on est à cause de la manière dont on a utilisé son attention dans le passé ; et le futur dépend uniquement de l’usage que l’on fait de son attention au moment présent.

Edouard Salim Michael – Pratique spirituelle et éveil intérieur chap. 6

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Jetsunma Tenzin Palmo : Comment intégrer la méditation dans notre vie quotidienne

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L’Eternel Présent – Maitre Eckhart

Maitre EckartSi nous allions dire que Dieu a créé le monde hier ou qu’il le créera demain, ce serait folie de notre part. Dieu créé le monde et toutes choses dans un Eternel Présent.

Maitre Eckart.

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Le chemin de Perfection par Thérèse d’Avila

thérèse d'AvilaLes carmélites suivent toujours les instructions délivrées par leur mère spirituelle dans son livre : Le chemin de perfection.

 

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Ruysbroeck – L’unité intérieure

Jan_Van_Ruysbroeck« L’unité fait que l’être humain se sent concentré intérieurement, avec toutes ses forces, dans l’unité de son cœur. L’unité donne la paix interne et le repos du cœur. L’unité du cœur est un lien qui assemble et enlace le corps et l’âme et toutes les forces extérieures et intérieures dans l’unité de l’amour. »

Ruysbroeck – L’ornement des noces spirituelles

« La personne qui a Dieu à l’esprit, seulement et uniquement Dieu, dans toutes choses, une telle personne emporte Dieu avec elle dans tous ses travaux et en tous lieux, et Dieu seul effectue ses tâches. Elle ne cherche rien, mais Dieu, rien ne lui semble bon excepté Dieu. Elle devient une avec Dieu à chaque pensée. Tout comme aucune multiplicité ne peut dissiper Dieu, ainsi rien ne peut dissiper cette personne ou la rendre multiple. »

Maitre Eckhart

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Pourquoi être végétarien(ne)? Matthieu Ricard – Edouard Salim Michael

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À cause de la terreur épouvantable, de la souffrance physique et de l’agonie morale que ces créatures muettes doivent inévitablement subir quand elles affrontent leur mort cruelle et précipitée entre les mains d’un humain — une agonie durant laquelle elles ne peuvent même pas donner libre cours à leur angoisse, dans leur totale impuissance à plaider auprès de ceux qui abrègent leurs vies —, il est préférable de s’abstenir totalement si c’est possible de manger la chair d’un animal, car l’abstention répétée de viande signifie qu’à la longue, un animal de moins ira à l’abattoir.

La souffrance et la détresse que ces êtres muets doivent subir quand ils sont égorgés ne peuvent jamais être faciles à supporter pour aucune créature vivante dotée d’une certaine capacité de penser, de la possi­bilité de se mouvoir et dont les veines charrient un sang rouge, lequel, étant le symbole de la passion, indique chez les animaux un degré d’intelligence plus développé et relativement plus proche de l’espèce humaine que dans le règne végétal caractérisé par une sève blanche.

De surcroît, comme ces animaux sont mis à mort froidement et le plus souvent dans de cruelles conditions, leur agonie morale n’en est que plus grande. Chaque cellule de leur corps s’imprègne des sentiments d’amer désespoir et d’angoisse qu’ils éprouvent en face de leur mort brutale et prématurée. En des circonstances aussi atroces pour elles, ces créatures infortunées deviennent intensément alertes et concentrées. La terreur, l’impuissance et le désespoir qu’elles ressentent durant ces moments affreux — sans mentionner la colère et la haine qui les habi­tent alors envers les humains qui les abattent — sont, conformément à la violence de ces instants, extrêmement puissants. Ces dernières émotions terribles qu’elles emportent avec elles en mourant infectent inévitablement leur chair et y demeurent extrêmement actifs ; et, lorsque cette chair est consommée par les gens — surtout de la manière insouciante dont généralement ils la mangent —, elle ne manque pas d’influencer défavorablement leur état intérieur et de les remplir progressivement de sentiments correspondants à ceux que ces êtres infortunés portaient en eux au moment de leur mort.

Edouard Salim Michael – La Voie de la Vigilance intérieure chap 46

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Le sens du Mystère – Albert Einstein.

 

 » Il n’y a que deux façons de vivre votre vie. La première, c’est la vivre comme si rien n’était miraculeux. La deuxième, c’est la vivre comme si tout était miraculeux  »

Albert Einstein

«       Afin que l’aspirant soit soutenu dans ses efforts pour demeurer intérieurement profondément présent et conscient de lui-même… il faut que le sens du mystère reste toujours vivant en lui, l’accompagnant partout et dans tout ce qu’il fait : le mystère de cet énigmatique appel silencieux qui se fait senti en lui aux moments les plus inattendus et qui le dépasse , le mystère de L’impersonnel qu’il porte en lui et qu’il désire reconnaître et appréhender ; le mystère du cosmos, le mystère du but de la Création, le mystère de sa propre vie, de sa conscience, de son esprit et ainsi de suite. Au fond, tout ce qui existe dans le monde manifesté est un mystère.

Edouard Salim MICHAEL Les Fruits du Chemin de l’Eveil page 34

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Voici comment devrait se comporter celui …

avalokiteshvara

Voici comment devrait se comporter
Celui qui a développé des qualités de bonté
Et qui connaît la voie de la paix :
Qu’il soit appliqué, honnête et droit, direct et doux dans ses paroles.

Humble et sans prétention,
Satisfait et aisément contenté.
Qu’il demeure frugal
Ni effronté ni flatteur envers ceux qui le nourrissent.

Qu’il soit paisible, maître de ses sens, naturellement discret, sans exigences.
Et qu’il ne fasse rien que les sages, plus tard, pourraient condamner.
Qu’il médite ainsi : « Prenant moi-même refuge dans le bonheur et dans la paix,
Je souhaite que tous les êtres soient heureux et en paix.

« Que tous les êtres vivants, quels qu’ils soient —
Les faibles comme les forts, tous sans exception,
Les grands et les puissants,
Les moyens et les petits,

« Visibles et invisibles,
Proches et lointains,
Nés et à naître —
Que tous les êtres soient heureux et en paix !

« Que nul ne trompe autrui,
Ni ne méprise aucun être, quel qu’il soit.
Que nul, par colère ou aversion,
Ne souhaite de mal à autrui. »

Comme une mère,
Au péril de sa vie,
Protège son enfant,
Son unique enfant,

Ainsi doit-on ouvrir son cœur à l’infini à tous les êtres vivants,
Rayonner la bienveillance envers le monde entier :
Ouvrir son cœur dans toutes les directions –
En haut, en bas et tout autour, sans limites –
Libre de toute haine et de toute aversion.

Que l’on soit assis, debout, en marche ou couché,
Tant que l’on est éveillé, on doit toujours être fidèle à ce souhait.
C’est ce que l’on appelle
« Demeurer dans un état divin, ici et maintenant ».

Sans se laisser piéger par des croyances erronées
Celui qui a le cœur pur, qui voit la vérité ultime des choses
Et s’est libéré de tous les désirs sensoriels,
Ne reprendra plus jamais naissance dans ce monde.

Karanya Metta Sutta 
Source : Dhamma de la forêt

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