Edouard Salim Michael : Répondre à l’appel intérieur

salim michaelIl arrive un moment dans la vie d’un être humain où, pareil à un fruit devenu prêt à être cueilli, il rencontre, de manière inattendue, des circonstances favorables qui vont lui permettre de devenir conscient d’un appel intérieur ; ainsi, peut-être un livre évoquant la vie de grands mystiques va-t-il lui tomber entre les mains, ou encore va-t-il être entraîné par un ami dans un lieu religieux, et il peut alors lui arriver de se trouver, d’une façon qui le dépasse, subitement plongé dans un état d’étrange silence intérieur qui lui est tout à fait inhabituel, comme s’il voulait se rappeler de quelque chose qui lui demeure trop obscur pour qu’il puisse en comprendre le sens véritable.

En fait, il ne réalise peut-être pas encore que ce qui lui est survenu est un appel. Il est en vérité appelé, mais appelé à quoi ? Personne, pas même l’Infini, ne peut le forcer à répondre à cet appel ; il faut qu’il se décide, de sa propre volonté, à tenter de saisir le sens obscur de ce mystérieux sentiment qu’il éprouve afin de se lancer sur la Voie sans contrainte extérieure et, s’il a réellement compris ce qui est en jeu pour lui dans une telle entreprise, de commencer une pratique sérieuse de la méditation.

Il faut à nouveau répéter que c’est dans son choix de répondre ou non à cet appel que se situe le libre arbitre de l’être humain. Les efforts intérieurs qui lui seront demandés pour obéir à cet appel ne peuvent pas être soutirés de lui — comme c’est le cas pour pratiquement tout ce qu’il fait dans sa vie de tous les jours.

À partir du moment décisif où il s’engagera sur le chemin menant à son émancipation, son existence prendra une tout autre direction, tout comme une rivière qui a trouvé un meilleur tracé pour ses flots. Toutefois, rien n’est encore gagné, car la façon dont il passera ses journées va incontestablement décider de la qualité de sa concentration durant sa méditation, laquelle déterminera à son tour ses chances d’atteindre ou non son but. Il verra que, comme tout est interconnecté dans ce travail sur lui-même, il y a par conséquent énormément de facteurs qu’il doit prendre en considération et qu’il ne peut en aucune manière négliger dans un tel engagement spirituel : l’étude de soi et des obstacles intérieurs ou extérieurs que l’on rencontre, la mise en œuvre de différents moyens de travail sur soi, et ainsi de suite.

Il ne faut jamais que l’aspirant oublie que l’essence de toute pratique spirituelle réelle est d’obéir — obéir chaque fois qu’il sent cet appel en lui dans le courant de la journée, autrement dit, répondre en se détachant immédiatement de tout ce qui est sans valeur qui occupe son esprit, et s’efforcer de devenir aussi conscient de lui-même qu’il le peut.

Chaque soir, il doit se demander, avec le maximum de sincérité et d’honnêteté, combien de fois durant la journée il a obéi et répondu à cet appel comme il le fallait, c’est-à-dire avec tout ce qu’il peut amasser comme force en lui — de nombreuses fois ? quelquefois ? pas du tout ? Il faut qu’il se rappelle constamment que c’est la fréquence à laquelle il obéit à cet appel et fait le nécessaire pour se rendre disponible intérieurement et aussi conscient de lui-même que possible qui déterminera l’écart entre les moments où il est absent et perdu dans ses rêveries coutumières, et les moments où il se reprend et redevient présent et conscient de lui-même.

Dans le Silence de l’Insondable, chap. 2

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